7/10Alf

/ Critique - écrit par riffhifi, le 05/05/2008
Notre verdict : 7/10 - Fonce Alf, fonce (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 3 minute(s) - 9 réactions

Sur le plus odorant des fumiers peut toujours pousser une rose. C'est ainsi que dans l'univers consternant d'une sitcom pourrie est né un personnage-culte poilu et rigolard dont on aime à imiter aujourd'hui encore la diction fascinante. « J'ai mangé un chaat !... »

Alf, n'en déplaise à l'inconscient collectif, n'est pas réellement le nom de l'extraterrestre hirsute et blagueur qui squattait les écrans de télé de la fin des années 80. Car son véritable nom est Gordon Shumway, habitant de la planète Melmac. Alf, acronyme de Alien LifeForm, n'est qu'un surnom affectueux donné par sa famille d'adoption, les Tanner. La série, quant à elle, est une lamentable sitcom dans laquelle deux adultes et deux enfants se disputent la palme du plus mauvais acteur, aidés en France par un doublage laid à pleurer. Au milieu de cette médiocrité, un personnage : Alf, petit être velu d'ailleurs et amateur de viande de chat, âgé de 228 ans et véritable boule d'humour ambulante doublée en français par Roger Carel (voix hexagonale de Kermit la Grenouille et d'Astérix). Une marionnette de 40 centimètres qui tient à elle toute seule quatre saisons d'une série, c'est un cas unique dans l'histoire du huitième art...

« Tes paupières deviennent lourdes, tu as de plus en plus sommeil, tu n'es plus un chat mais une madeleine... »

Lancée en 1986 aux USA (1988 en France), Alf devient rapidement un phénomène : personne ne sait de quoi ça parle (un extraterrestre facétieux est adopté par une famille américaine et dépense toute son énergie à vider leur réfrigérateur et à tripler le montant de leurs factures d'électricité et de téléphone), mais tout le monde trouve le petit bonhomme désopilant. Insolent, farfelu, débonnaire, irrévérencieux, susceptible, farceur, impulsif et imprévisible, Alf peut aussi bien s'avérer un boulet dévoreur de victuailles qu'un étonnant fournisseur
d'astuces inutiles (s'infliger le supplice des pinces à linges pour faire venir l'inspiration) ou un inventif bricoleur de bidules pénibles (voir ce clip de rock hallucinant auto-filmé par Alf pour déclarer son amour à Lynn, dans le huitième épisode de la première saison : You're the one who's out of this world). Figuré par une marionnette à la bouille irrésistible (et plus rarement par un nain en costume, pour les plans en pied), Alf et son sens de la répartie doivent se battre contre les scénarios crétins, les acteurs irrécupérables et la soupe qui sert de musique à la série (signée Alf Clausen, ça ne s'invente pas). Tout est tellement naze dans Alf, jusqu'à l'excès de rires enregistrés, qu'on peut se demander dans quelle mesure ce n'est pas voulu par les auteurs, de la même manière que dans le kitschissime Batman des années 60. Le plus probable pourtant, c'est que le personnage de Alf bénéficie tout simplement d'une aura sacrée, qu'il soit le fruit d'un coup de bol incroyable ou (plus vraisemblablement) qu'il soit véritablement un extraterrestre génial tombé au milieu d'une sitcom pourrie. La série durera quatre ans, avant de connaître une improbable prolongation animée, puis un revival en 1994 sous la forme d'un téléfilm avec Martin Sheen appelé Opération Alf (Project Alf en v.o.) plus sérieusement axé sur l'intrigue (dont, rappelons-le, tout le monde se tamponne copieusement).

On remarquera pour finir que la voisine Madame Ochmonek, obnubilée par l'idée que les Tanner hébergent un extraterrestre et tentant par tous les moyens de convaincre son mari qu'elle n'est pas folle, est une copie conforme du personnage de Madame Kravitz dans Ma sorcière bien-aimée. Une preuve supplémentaire, s'il en fallait, que la série ne repose pas sur une écriture confondante d'originalité mais sur la magie d'un personnage qui échappe à ses auteurs miraculeusement.

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