Il était une fois un producteur de série qui décida de créer une sitcom pas comme les autres, subtile, décalée, innovante et anticonformiste. Arrested development était né et Mitchell Hurwitz devint le nouveau maître de la comédie télévisuelle. Diffusée pendant trois saisons sur la Fox et accessoirement sur TPS Star, la série, qui a tout pour devenir culte, sort en coffret DVD sur notre territoire. Une bien belle nouvelle pour ce programme pas vraiment grand public qui n'était pas attendu de sitôt par chez nous. Il est aujourd'hui temps de découvrir la famille Bluth.
To Bluth or not to Bluth ?
Bluth, un nom de famille qui possède dorénavant une réputation aussi mauvaise que Bundy. La comparaison ne vient pas du milieu social, le sous-titre « Les nouveaux pauvres » n'étant pas vraiment adaptée à leur condition de vie aisée, ni du type d'humour utilisé, tout en finesse et en références, mais d'un même dysfonctionnement familial. Mis à part Michael, être sensé et personnage principal, tous les autres souffrent de grave problème comportementaux entre un père abject et escroc (Georges), une mère méchante et alcoolique (Lucille), une soeur faignante dévouée aux causes caritatives (Lindsay), un frère magicien en manque de reconnaissance (Gob), un autre en manque d'amour propre et de liberté (Buster) et un beau-frère acteur raté qui vit hors des réalités du monde (Tobias), il y a là une belle brochette de rebus de la société. Au final, ce sont peut-être les enfants (Georges Michael et Maeby) les plus normaux même si la génétique ne les a pas épargnés.
Vif, fin et drôle, du Arrested en somme
Arrested development est plus qu'une série et correspond peut-être à un état d'esprit à part entière, tant tout ce que l'on y voit ne correspond à rien de ce qui a déjà pu être fait. Il faut une préparation particulière et un temps d'adaptation pour apprécier et en comprendre l'humour et la subtilité. Après un seul épisode, il est quasiment impossible d'apprécier la série qui s'avère meilleure après plusieurs visionnages. Donc persévérez, regardez plusieurs épisodes, recommencez et c'est seulement là que la qualité du spectacle explose au visage. Oui, le mot spectacle n'est pas déplacé tant la série se rapproche du théâtre de rue. Filmé à l'épaule par deux caméras haute définition, la série veut posséder un style proche du documentaire en laissant beaucoup de liberté et de possibilité d'improvisation pour des acteurs déjà parfaitement guidés par des dialogues piquants et savoureux. Ceux-ci ne sont pas bridés et se lâchent totalement dans leurs rôles de cas sociaux, sans jamais trop en faire. A cet égard, les personnages de Tobias joué par David Cross et de Gob joué par Will Arnett sont absolument magnifiques et peuvent nous faire exploser de rire rien qu'en une mimique. La réalisation, toujours pour ressembler à un documentaire, incorpore une voix off (narrée par Ron Howard) tout aussi indispensable à l'histoire qu'hilarante, et de nombreux plans pour illustrer une scène ou un dialogue. Cela va à cent à l'heure et ce n'est qu'après 20 minutes que l'on peut reprendre son souffle après l'immersion en eau euphorisante qu'est Arrested development.
Première saison, premiers fou-rires
Même si la première saison n'est pas la meilleure puisqu'il est nécessaire d'avoir une période de rodage pour présenter les personnages et mettre dans l'ambiance, elle est tout de même d'un très bon niveau. Malgré un démarrage un peu difficile qui contient tout de même son lot de dialogues cultes (ne pas confondre tricks et illusions), elle assume par la suite parfaitement tous les délires et les travers de ses personnages. Que ce soit les tours de magie et les relations avec la gente féminine de Gob qui valent à eux seuls le détour, la présentation d'Annyong (Annyong !), le petit coréen adopté, la première journée de travail père/fille ou les premières cassettes « Girls with low self-esteem » les situations mises en scène risquent quasiment de quoi vous faire mourir de rire. Quelques guest-stars ont même fait le déplacement comme Liza Minnelli, en voisine et concurrente mondaine, Henry Winckler (le Fonzie de Happy Days) en avocat incompétent, Julia Louis-Freyfus (Seinfeld) en avocate au flair développé ou Heather Grahams en enseignante d'éthique amatrice de Saddam Hussein.
Ce n'est pas encore le grand art de la seconde saison, beaucoup plus riche en jeux de mots et en attaques contre le gouvernement et l'Eglise, mais les derniers épisodes s'en rapprochent bigrement. Et quelle qualité d'écriture !

Version française et sous-titres
Malheureusement, c'est un euphémisme de dire que la version française n'est pas au niveau de l'originale. Il est évident que la série ne doit pas être facile à traduire mais rater à ce point le doublage tient du bâclage complet. Pas une voix ne se rapproche du vrai timbre des personnages et les dialogues sonnent complètement faux. On est bien loin de Malcolm, absolument génial à ce niveau. La traduction est déjà bien meilleure pour les sous-titres, plus dans l'esprit de la série, mais il est dommage qu'ils ne soient pas toujours bien visibles. La rapidité des dialogues et des scènes n'arrange rien et ne fera que décourager ceux qui n'ont pas l'habitude de ce système.
Les bonus
Au moins, la Fox n'a pas été radine sur les bonus. Ils pourraient être certes plus intéressants mais le simple fait d'en trouver en nombre sur un coffret de série est déjà plus que bien. On y trouve donc la version longue du pilote, commentée par les réalisateurs et créateurs, ainsi que deux autres épisodes commentés par les acteurs. Comme tout commentaire de ce type, cela ressemble plus à dîner entre potes qu'à un reportage de fabrication, en particulier quand tout le casting a son mot à dire sur une réplique. Des scènes non coupées et d'autres inédites sont aussi présentes, tout comme les chansons du compositeur, un reportage de 16 minutes sur la série, deux petits séquences et un dialogue avec le public lors d'une conférence. Bref les bonus ne sont pas indispensables mais fort agréables et apportent une valeur ajoutée indéniable au coffret.
weirdkorn []

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