Beverly Hills est un quartier huppé de Los Angeles, la Mecque Californienne des Nice people américains, le temple de l'excès sans dieu, le plus gros filon de la plus grosse ruée vers l'or. C'est sur les vestiges palpitants et chatoyants de ce monde fantasmagorique que l'on a eu l'intention, en 1990, de vendre au monde une série portant ce nom connu et reconnu dans le monde de l'image. La beauté de la chose, c'est que ça ne pouvait que réussir et cette série a envahi nos écrans pendant ses 10 ans d'existence et ses 5 ans de rediffusions multiples sur de nombreuses chaînes. Ne vous inquiétez pas, si vous en avez raté les débuts, ça passe encore aujourd'hui et très probablement à l'heure où vous lisez ces lignes. Ou alors ils repassent la fin de la saison 8, mais comme il n'y en a que dix, nous risquons de reprendre la boucle à son commencement et ce très bientôt. Si vous êtes impatients à la lecture de cet article, sachez que les studios rééditent également les saisons en DVD depuis cette année. Il y a toutefois fort à parier que cette série touchera plus particulièrement les nostalgiques de ma génération, ceux qui patiemment ont regardé les premiers épisodes le mercredi après-midi, ceux qui avaient 20 ans en l'an 2001 comme le chantait Pierre Bachelet. Après le déjeuner, un fameux mercredi en 1993, nous découvrions Beverly Hills 90210.
Je ne sais pas si on peut parler d'une intrigue principale mais on va essayer de trouver une thématique commune sur dix ans d'histoires diverses et variées. Brenda et Brandon Walsh, deux faux jumeaux, viennent s'installer à Beverly Hills avec leurs parents. Tout droit venus de Minneapolis, dans les plaines du Minnesota, ils ont du mal à s'adapter. En effet, à Beverly Hills, les proportions n'existent pas et les jeunes gens se comportent comme les adultes qui leur ont donné la vie. Ce sont de futures stars en puissance dans un monde d'argent et de déchéance. Nos deux jeunes héros et leur climat familial plein de bon sens vont apporter un souffle tout particulier à une bande de jeunes fils et filles à papa et maman qui graviteront autour d'eux assez rapidement. En effet, bien que venus de nulle part, sous les grandes lettres accrochées aux collines d'HOLLYWOOD, ils deviendront eux-mêmes de jeunes adultes aussi prometteurs que leur voisins de nature chanceuse. Le constat est simple et laisse une ouverture sans limite à pléthore d'histoires mêlant voyeurisme, sociologie contemporaine, détartrages faciaux et chirurgies dentaires (ou l'inverse) dans un marasme chaotique à nous en faire perdre la raison. Mais la vie est bien faite et la série reste simple, presque dilettante et enjouée même lors de ses épisodes dramatiques.
Beverly Hills est une sitcom de société assez simpliste et le reste du début à la fin, oscillant entre le bon et le mauvais avec des passages très intenses - surtout dans les premières saisons - et des périodes complètement inutiles et répétitives -essentiellement sur la fin. Pour être plus précis, dans un premier temps nous assistons à des histoires d'adolescents gâtés, ou pas, par les fruits d'une Amérique déconstruite et puissante et la constitution d'une famille simple par sa nature instinctive et complexe pour tout ce qu'elle représente de dangereux dans un monde déséquilibré. Le père Walsh est comptable et la mère aime jardiner tandis que leurs enfants se mettent à rêver, bercés par un environnement bourdonnant et palpitant symbole d'un miel qu'ils n'ont jamais goûté. C'est l'expérience des premières cuites (avec un verre de whisky), la découverte sexuelle et les retours tardifs en douce à la maison. Ce sont les explications de crise de fiston à papa et de maman à fifille, et la complicité des deux jumeaux dans un monde incertain.
Mais tout en étant simpliste, les particularités qui font son charme sont assez nombreuses. Les parents riches sont des abrutis qui ne savent pas éduquer leurs enfants et le restent pendant les dix ans de la série. Ils envient les Walsh pour leurs valeurs et leur climat familial sécurisant et finissent par laisser l'éducation de leur mouflets à la famille d'accueil que composent ces derniers. Les deux enfants passent donc du statut d'amis à leaders d'opinion et dépassent les espérances qu'on leur donnait au départ.
Rajoutez à cela une dose de glam et quelques grammes de critique consensuelle et on se retrouve dans un paradis de relations co-dépendantes. Les histoires typiques de toute série qui se respecte en deviennent presque intéressantes. N'oublions pas que les acteurs même s'ils ne sont pas forcément des plus aguerries au métier, ont pour eux leurs gueules de stars. Entre Dylan et Brandon qui représentent le James Dean des villes et le James Dean des champs, Kelly la copie conforme de la reine éternelle du bal de promo, Brenda ou Valerie, les brunes piquantes et fatales, versions remises à jour des anciennes star Hollywoodiennes des années 50 -mode retour au berceau- ou encore Steve le jeune Hugh Efner le mélange est savoureux.
Je vous rassure, les adolescents et les adultes restent ce qu'ils doivent être pour donner les bons éléments d'une sitcom de cette envergure, ils sont en manque perpétuel d'histoires addictives et créent donc perpétuellement l'événement. Que ce soit le thème de la peur, de la mort, du sexe voire même de la peur de la mort après le sexe, tout y passe et parfois plusieurs fois pour créer des opportunités d'histoires romantiques, morbides, aventureuses et des fables moralistes ou moqueuses. Au delà de tous ces éléments d'analyse parfaitement maîtrisés par les créateurs et producteurs de la série, on s'attache à ce petit monde plein de dysfonctionnements et de rengaines, on regarde pour savoir comment sont ces peaux que nous ne portons pas.
Là où le problème se pose, c'est lors de la prise en compte de l'ensemble. On peut facilement regarder les saisons comme si elles passaient en réflexion sur les parois de notre caverne mais lorsque l'on les additionne on ne trouve pas son compte de rêveries. Il est vrai que de nature les saisons ne peuvent pas concrètement aller en s'améliorant mais dans le cas de BH c'est une rupture brutale à la fin de la sixième saison. Les personnages deviennent adultes alors que les acteurs qui le sont depuis longtemps ne savent pas le jouer où ne le savent plus. Seuls Brandon et Kelly y arrivent et deviennent pénibles. On comprendra alors mieux que Melrose Place se soit développé en parallèle pour traiter de cette distance que l'équipe de Beverly Hills n'arrivait pas à trouver (même ville, quartier différent). En effet, sorti des thèmes de l'adolescence et ses émois, une bande de trentenaires n'était pas à la hauteur des problèmes de la vingtaine.
En bref, on adore car les bases de la sitcom américaine nouvelle génération sont là mais on reste sur une fin un peu amère. Je me vois obliger de mettre un point pour chaque saison jusqu'à la sixième. Le reste ne totalise qu'un point bonus sur les 4 dernières saisons et ce uniquement pour le fait de se permettre certains thèmes tels que le Sida ou la prostitution des mineurs sur une production à si grande échelle médiatique.
Enfin faut pas rêver, c'est que de la télé.
knackimax []

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