Son nom est Earl, Earl Hickey. Vous connaissez ce genre de type qui ne fait que des sales coups et qui se demande pourquoi sa vie craint ? Et bien c'est lui. Et c'est aussi comme ça que commence le générique de My name is Earl tant cette phrase résume à elle seule la nouvelle série à succès de NBC. Cette comédie qui tranche avec la sitcom habituelle par son thème et son style de réalisation est une des plus intéressantes de ces dernières années. Son pitch, plutôt original, y est pour beaucoup. La vie de Earl n'a été remplie que d'escroqueries minables, de vols ridicules et d'embrouilles de quartier. Toujours suivi de son simplet de frère et marié avec Joy, la garce du coin, il a tout du looser qui n'a jamais rien fait de sa vie. C'est vrai jusqu'au jour où Earl gagne 100 000$ grâce à un ticket à gratter, somme qu'il perd cinq secondes plus tard après s'être fait renverser par une voiture. A l'hôpital, après avoir écouté un animateur de télévision parler de karma, de la façon dont est récompensé par les bonnes actions, il décide de changer sa vie. Prêt à tout reprendre à zéro, Earl va faire une liste de toutes ses mauvaises actions et rattraper ses erreurs une à une.
Earl ou l'archétype de l'anti-héros
On imagine les premières réactions avec un scénario de ce type : « c'est super américain », « comme cela doit être bourré de bonne morale » ou « encore un beau gosse qui va devenir le superman du quartier ». En fait, il suffit de regarder un épisode pour se rendre compte que My name is Earl est l'inverse de cela. C'est pour cette raison que la série marche si bien. La morale est certes présente mais complètement atténuée par les mauvaises actions de Earl, rappelées en flashback, et par sa façon de les résoudre. Un type qui n'a jamais rien fait comme tout le monde ne va pas suivre les voies conventionnelles de la rédemption du jour au lendemain.
Mauvaise action n°268 : Earl peut vous faire mourir de rire
Un épisode se résume ainsi à Earl essayant de résoudre un ou plusieurs des numéros de sa liste, ce qui ne se fait jamais sans mal. Entre le classique « j'ai trop fumé » ou « j'ai trop pollué », la série prend tout son sens quand Earl doit résoudre des actions du genre « avoir volé une voiture à une unijambiste », « avoir simulé sa mort pour larguer sa copine » ou « s'être moqué des gens avec accent ». Les scénaristes savent être inventifs et peuvent retourner une situation à l'origine complètement anodine pour la faire partir en vrille et la rendre bien amusante, voire hilarante lors de quelques passages particulièrement savoureux.
Un bonjour à l'Amérique profonde
Plus que la qualité d'écriture, la force de My name is Earl provient de son univers anticonventionnel. On est loin de la Californie clinquante remplit de belles plantes et de beaux mecs gominés qui roulent dans de luxueuses voitures. Earl et sa compagnie habitent dans une banlieue pourrie au milieu de gens normaux avec de vraies gueules. Les pavillons sont moisis, ringards et crasseux, les mobil homes pullulent et les routes sont défoncées. Sur fond de musique rock, Earl est un grand fan de Metallica, on voit là une autre vision de l'Amérique, celle des petites gens, et elle semble bien plus humaine. Quelques détails comme une vieille R5 bleue ou les décors typiquement américains (le bar à juke-box, le mariage ou les concours de miss) participent énormément à l'univers de la série. La réalisation, en plein air et généreux avec les effets de caméra, apporte une bouffée d'air frais dans le monde de la sitcom et change de la sempiternelle maison familiale et de ses horribles rires enregistrés. Là, on dirait des petits films comiques et on en redemande.
Big Moustache and Simply Brain
Mais que serait une série sans ses personnages ? Pas grand-chose, et ceux de My name is Earl sont excellents. Jason Lee tient là le rôle de sa vie avec sa grosse moustache, ses cheveux en bataille, son attitude nonchalante et sa maîtrise du lever de sourcil. Ses partenaires ne sont pas en reste avec Randy, le frère gentil mais limité intellectuellement (Ethan Suplee), Joy, l'ex-femme au caractère insupportable (Jaime Pressly) et son nouveau mari qui est à l'inverse une vraie crème. Tous les personnages font vrais et sont attachants. Il n'y a rien à rajouter pour qu'une série soit bonne même si des guest-stars peuvent aider à l'instar de Giovanni Ribisi en voyou débile.
Coup de pompe ?
Cela dit, tout n'est pas parfait dans My name is Earl. En effet, la fin de saison est loin de valoir son début. Les scènes comiques sont moins bonnes, les blagues moins nombreuses et le scénario déjà répétitif. Mais le plus embêtant, c'est que le ton commence déjà à changer, à s'édulcorer sérieusement, devenir moins vindicatif et barré. C'est avec tristesse que la morale pointe son nez dans quelques épisodes. La fin de saison était moyenne et les scénaristes vont devoir retrouver un second souffle sans quoi la série risque de devenir déjà vue et beaucoup moins amusante. Mais faisons confiance aux auteurs américains. Dans le genre, ce sont les meilleurs.
My name is Earl aura été la meilleure série comique de la saison 2005 / 2006. Emmené par un Jason Lee au top de sa forme, la série séduit par son ton déjanté qui ne recule devant rien pour nous faire exploser de rire. Même s'il faut déjà s'y connaître en culture américaine tant elle est bourrée de nombreuses références, cette série saura conquérir tous les publics tant ses scènes comiques possèdent une dimension universelle. Il est juste dommage que My name is Earl perde de son mordant sur la fin. Mais soyons sûr que la série repartira du bon pied la saison prochaine.
weirdkorn []

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