7/10L'Etat de Grace

/ Critique - écrit par JC, le 19/10/2006
Notre verdict : 7/10 - Bilan positif (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 4 minute(s) - 4 réactions

Désavouée par la critique et le public, la Présidente de France 2 a sans doute enterré avec elle l'excentricité d'un humour décalé trop rare à la télévision de chez nous.

C'est moche. France 2 s'est méchamment viandée avec sa mini-série "événement", L'Etat de Grace. C'est même le principal échec de la rentrée avec sa moyenne légèrement supérieure à trois millions de téléspectateurs par épisode, soit à peine plus de 10% de parts d'audience. C'était pourtant alléchant que suivre Grace Bellanger dans un drôle d'Etat. L'Etat français. Ce petit bout de femme devenu Présidente de la République trois mois auparavant, ex-militante sans étiquette issue du monde associatif, élue d'une courte tête à l'élection présidentielle au nez et à la barbe des énarques et autres éléphants de partis.

Magouilles et compagnie

C'était alléchant, et sympathique. Agréable même. L'Etat de Grace était un divertissement léger, pas exceptionnel mais assez original pour passer trois bonnes soirées calé dans le canapé.

(© France 2)
(© France 2)
Grâce à qui ? Aux acteurs et à Anne Consigny, essentiellement. La comédienne a livré une performance jubilatoire de chef d'Etat jonglant entre ses fonctions politiques, une histoire d'amour compliquée et des cours de tango immanquables. Elle était soutenue par Frédéric Pierrot qui jouait Xavier, le compagnon de la Présidente. Un type indigne d'elle, complètement paumé, incapable d'assumer, un véritable Desperate golf teacher. Sans oublier la multitude de seconds rôles, amis ou ennemis. Les éléphants des deux camps, délectables de perfidie politique, et les conseillés de la Présidente, spin doctors maladroits.

Le principal défaut de L'Etat de Grace était son traitement ridicule et fantasque des affaires politiques, or ce n'était pas du tout le sujet de la série en définitive, juste une excuse narrative pour amener une comédie centrée sur une femme pas désespérée et encore moins ménagère, mais libérée pour qui tout n'est pas si facile.

Cette rupture entre ce qui était pressenti et la série en tant que telle a visiblement désarçonné le confort établi des téléspectateurs. L'hebdomadaire Ecran total, dans son numéro 629, explique que le public serait à la recherche de série qui "ont du sens", c'est-à-dire l'inverse de la girouette virevoltante Grace Bellanger. Pourtant, une comédie moderne et loufoque ne mérite-t-elle pas le coup d'oeil ?

Bonnet blanc et blanc bonnet

(© France 2)
(© France 2)
A défaut de jouer la carte du réalisme, L'Etat de Grace a donc eu comme mérite principal de revitaliser une certaine image de la fiction française considérée, souvent à raison, comme archaïque et nulle comparée sa grande soeur américaine. Les scénaristes ont beau récuser le terme de "supériorité" des séries U.S., mais en toute honnêteté l'équivalent hexagonal est plus souvent strictement inférieur que supérieur ou égal. A qui la faute ? Tantôt aux diffuseurs, pas vraiment prêts à jouer leurs parts d'audience que réalisent des idéaux-types comme Julie Lescaut ou Navarro, tantôt à la formation théâtrale des comédiens français, pas assez adaptée au petit écran, dit-on.

Il y a sans doute du vrai là-dedans mais pour L'Etat de Grace tout était là : le culot de France 2, l'entrain des comédiens et une légèreté scénaristique d'un charme désarmant. Las. Le bide est complet. Traitée d'imparfaite et puérile, stigmatisée pour sa vision tronquée du milieu politique, L'Etat de Grace s'est faite moquer par les personnalités politiques comme un chirurgien se marre franchement en regardant Grey's Anatomy, le mépris à l'égard d'une production française en plus.

C'est désolant et injuste. Ce n'était qu'une série, pas une enquête documentaire. Après ce tel refus d'audace dans un PAF moribond, on te plaint, toi, jeune scénariste français de télévision avec des idées plein la tête. Bon courage pour te faire entendre, sincèrement. Car avant de retenter l'expérience comique, les diffuseurs vont chercher le fantastique (David Nolande, Gréco et Des fleurs pour Algernon, tout ça sur France 2) et le politique dans sa version sérieuse (Sécurité intérieure sur Canal+).

On t'appréciait bien Humour français, en attendant de te retrouver, peut-être en 2007 dans la deuxième saison de Clara Sheller, on va prendre rencard avec ta cousine américaine et maudire les vannes de Louis la brocante. See Ya.

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