Faire une série franchement mauvaise demande non seulement un scénario ras des pâquerettes et des dialogues peu inspirés, mais aussi et surtout des acteurs plus que passables. Reaper, dans toute sa médiocrité, possédait tout de même des acteurs convaincants dans leurs rôles, même si ceux-ci n'étaient pas bon du tout.
Moonlight, lui, fait un sans faute.
Mick St John est un vampire, détective privé à ses heures perdues. C'est au détour d'une scène de crime qu'il va rencontrer la jeune et jolie journaliste Beth. L'occasion d'échanger deux mots autour d'un cadavre exsangue, et surtout l'occasion pour elle de lancer sa carrière à travers un article mettant en cause un supposé vampire. Et bien qu'elle ne sache rien de la véritable identité de St John, il semble qu'il y ait entre eux un lien plus fort que celui de la simple présence sur une scène macabre.
Soyons francs, soyons clairs, soyons directs et soyons vulgaires. Moonlight c'est de la daube en boite. Les raisons sont multiples, et une dizaine de pages ne suffirait pas à recenser avec précision ce qui fait de cette série et de son succès un couple totalement improbable. La faute à un scénario bâclé, des acteurs plus que passables, une technique sans relief et un thème, le vampirisme, aussi mal connu qu'exploité par les scénaristes.
Les histoires de vampires ont toujours eu un certain succès, que ce soit lors de films de troisième zone, de bons films, de séries plus ou moins heureuses, de livres, jeux vidéos et jeux de rôle. C'est sans doute avec cette dernière catégorie et le jeu Vampire édité par White Wolf que l'on découvre à quel point le vampirisme est un monde autrement plus vaste que celui présenté dans Buffy. Castes, relations complexes, société bien établie, liens filiaux importants, pouvoir, lutte contre la bête, sont autant de facettes que les plusieurs gros volumes de règles ne couvrent qu'à peine. Un univers passionnant et complexe, à des lieues de la version très épurée et simpliste présentée par Moonlight, qui joue bien plus sur l'attrait que peut avoir le côté gothique du vampirisme auprès des adolescents bourrés de spleen.
Les clans n'existent pas, les vampires vivent ici leur vie tranquillement. D'autant plus tranquillement qu'ils peuvent sortir en plein jour, la lumière ne leur faisant finalement pas si mal que ça. Histoire de faire bonne figure, ceux-ci sortent tout de même avec des lunettes noires, et se protègent le visage des rayons du soleil en portant à hauteur de tête non pas un cache quelconque, mais tout simplement leur main, nue qui plus est, comme s'il n'y avait que leur visage qui soit sujet à cette histoire de soleil, et non leur peau toute entière. Dans le même registre, les vampires ne peuvent être pris en photo argentique. Avec un appareil photo numérique en revanche, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes et on peut donc trouver un peu partout des photos des méchants vampires, très pratique pour les identifier. Une idée absolument lamentable qui permet aux scénaristes d'utiliser les ficelles des séries policières standard pour parler d'êtres qui normalement échappent à tous les standards. Et pour ce qui est de leur représentation à l'écran, on ne peut qu'être accablé devant la transformation de l'état normal à celui de vampire: même personnage, mais cette fois gueule ouverte, avec des dents plus longues et des yeux vitreux. Une transformation au final assez semblable à celle des super sayens de Dragon Ball, puisque les vampires ne peuvent apparemment utiliser leur vraie force que s'ils montrent les dents. Un toc assez extraordinaire qui ne présente aucune finesse, mais qui va de pair avec, par exemple, le cercueil dans lequel dort St John. Une simple caisse faite de grillage posée sur une table lumineuse, et dont le couvercle évoque une porte d'abri de jardin. La réalisation vient au secours des décors ici, puisque le mouvement de chute du couvercle (qui est véritablement un mouvement de chute) est accompagné d'un bruit de vérin pneumatique. On ne pourra que rire devant le peu de soin apporté à l'objet.
Malheureusement pour la série, ce ne sont pas les acteurs qui par leur présence vont faire passer la pilule. On peut sans se tromper affirmer qu'ils sont creux. Incapables de se donner la réplique de manière dynamique tout comme de simuler des émotions, ils incarnent des personnages sans vie. Pouvoir mettre les acteurs dans une catégorie différente de ceux qui jouent dans des films étudiants est un luxe uniquement permis par les moyens de la réalisation et à la post-production, au dessus de la simple caméra DV. Même Jason Dohring, le Logan de Veronica Mars, ne décolle pas. Il est certes plus convaincant, mais les dialogues d'une pauvreté effarante le contraignent à la médiocrité de rigueur dans cette série.
Il faut dire que les dialogues ne sont là que pour faire un peu de remplissage. Le scénario de chaque épisode n'est pas bien épais et repose systématiquement sur le même modèle : un nouveau méchant, les deux héros qui se rencontrent par hasard sur la scène du crime ou à la morgue, intervention de la police qui ne trouve jamais rien, résolution de l'énigme par les deux héros, et la question finale : va-t-il l'embrasser ? Car le fil conducteur de ces épisodes n'est rien de plus qu'une très banale histoire d'amour refoulé. Les 40 minutes sont elles occupées par un scénario dont les tenants et aboutissants sont saisis en 5 petites minutes.
Seul point passable, la réalisation qui rappelle furieusement les séries policières qui passaient sur TF1 pendant l'après-midi. On reste à des lieues de ce qui se fait actuellement pour une série à gros budget.
Pour terminer, en vrac, on citera des délires technologiques ridicules, comme le fait de pouvoir retrouver l'adresse exacte d'une personne appelant à partir d'un téléphone portable, l'utilisation de grands mots comme scanner pour parler de douchette infra rouge comme celles que l'on trouve dans les supermarchés, la morgue dans laquelle on entre comme dans un moulin, les iPhones déguisés (à grand coup d'autocollant sur les logos et de caches plastiques) pour une raison inconnue alors que dans le même temps ils sont montrés à tout bout de champ, les raccourcis scénaristiques désastreux (les témoins qui se livrent après avoir résisté 5 seconde montre en main), une esthétique empruntée à la série Highlander (vestes de cuir, cheveux mis longs, barbes d'un ou deux jours, scènes de nuit pleines de fumée et de lumière tamisée bleue) et ici et là une pseudo-philosophie nauséabonde sur le destin. Une énumération qui ne sert à rien d'autre qu'à illustrer la pauvreté de la série.
Véritable énigme de celle ci : son succès. Mise en pause lors de la grève des scénaristes, la série reprend pour au moins 4 épisodes supplémentaires et une saison 2 est déjà programmée. Les voies des téléspectateurs sont impénétrables.
Kei []

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