La guerre exerce une espèce de fascination chez l'être humain. Un sentiment en forme de dégoût pour cette vaste boucherie mêlé à une exaltation de valeurs comme la fraternité, le courage ou encore le sacrifice de soi. Le tout, au final, face à l'ennemi commun et ultime de chaque soldat : la mort. La sienne et celle de l'autre. A l'image de Bo Rider, 20 ans, GI américain, tétanisé devant la première victime de son fusil d'assaut lors du premier épisode d'Over There, la nouvelle série des jeudis soir de Canal+.
War in progress
Création de Steven Bochco, père des séries policières révolutionnaires Hills Street Blues et NYPD Blue, Over There est une série consacrée à la vie de soldats. Pas vraiment une nouveauté, on se souvient de M*A*S*H*, pour la comédie, ou de Frères d'armes, pour le drame, mais Over There a une particularité. Il s'agit du tout premier drama réalisé sur un conflit en cours : l'actuelle guerre opposant les insurgés irakiens aux forces américaines et leurs alliés. Du culot combiné à un pari risqué. Car raconter l'Histoire bouclée n'est pas simple mais raconter l'Histoire en cours est une chose encore plus difficile.
Ce genre de traitement provoque immanquablement de l'approximation, d'ailleurs les militaires américains n'ont pas manqué de fustiger la série sur le plan du réalisme, mais que peux mieux refléter l'incertitude de la mentalité des soldats que de les placer dans un conflit dont l'issue est tout aussi incertaine ?
Over There affiche aussi la volonté de ne pas prendre de parti-pris. Sa mission est bien remplie. En effet, Over There ne s'inscrit pas dans une propagande pro ou anti intervention américaine facile et déplacée. Elle se contente de suivre six nouvelles recrues face à la guerre. Point. Un choix qui s'avère payant pour le téléspectateur. L'absence de discours politique explicite laisse ressentir des sentiments qui dépassent les personnages et apprécier des missions souvent prenantes.
Conflit intérieur

© 2005 - 2006 Twentieth Century Fox Film
CorporationOver There n'est pas une fiction politique, c'est un drama dont les héros sont des soldats entre 18 et 22 ans. Entre les lignes, c'est avant tout le récit d'une guerre, quelconque, et non du conflit irakien actuel. Si des éléments précis sont cités comme le poids médiatique de la chaîne qatariote Al-Jazirah ou les geôles d'Abou Ghraib, la série raconte les états d'âme de nouvelles recrues face à la guerre en générale, celle de l'attente, des compromissions, des choix cornéliens et de la morale qu'il faut laisser de côté.
Le drama montre en vérité le perpétuel sacrifice d'une jeunesse pour la défense de son pays, de la chair à canon, et n'expose au final qu'une vérité intemporelle, irréfutable, absolue : quelque soit le camp, quelque soit le conflit : "la guerre, c'est de la merde".
A la manière de Jarhead, la fin de l'innocence, Over There décrit les pires moments de la guerre à échelle individuelle pour une personne mobilisée : l'éloignement et le manque. En anglais, le titre de la série signifie d'ailleurs "là-bas". Un "là-bas" proche qui peut être l'horizon d'où peut survenir une voiture chargée d'explosifs ou une pléthore d'assaillants. Mais surtout ce "là-bas" où sont restés les familles des soldats, et par inversion des points de vue, le "là-bas" où ont été mobilisés des femmes et des maris.
Derrière un décor en forme de désert aride, Over There est simplement une fiction de l'attente du retour, celle qui fait tenir face aux pires atrocités et au silence assourdissant de la réponse à la question, "pourquoi est-on ici ?".

© 2005 - 2006 Twentieth Century Fox Film
CorporationCette focale braquée sur l'émotion des personnages est servie par des comédiens livrant un performance honnête. On donnera une mention spéciale à Luke MacFarlane, interprète du sensible et sensé Franck "Dim" Dumphy, l'intellectuel diplômé du groupe, et Erik Palladino, l'ancien Docteur Dave Malucci d'Urgences, qui campe un Sergent Chris "Scream" Silas avec tout ce qu'il faut de fureur désespérée.
Niveau bémols, on citera les aventures des proches des soldats, parfois bien mielleuses, qui cassent l'intensité des scènes ayant lieu sur le champ de bataille. Autre soucis, secondaire, la présence systématique en fin d'épisode de la chanson Over There, un peu gospel, un peu folk, et complètement nian nian.
Mission (presque) accomplie
Bien que saluée par la critique américaine, la série n'a pas rencontré le succès prévu sur sa chaîne de diffusion, la câblée FX (The Shield, Nip/Tuck). Après un démarrage fulgurant de quatre millions de téléspectateurs, Over There a vu son audience chuter de plus de moitié à la fin de la saison pour atteindre un score médiocre de 1,3 million. Ainsi après 13 épisodes, bye bye Over There. Espérons que les téléspectateurs français réserveront un meilleur accueil à cette série qui mérite la note que vous apercevez plus haut.
La série réussit en effet l'exploit de pas tomber dans le piège d'un cadre spacio-temporelle casse-figure. Cela grâce à la densité émotionnelle qui transpirent des personnages et des situations mises en scène. Over There s'avère également doté d'une superbe photographie et d'une bonne interprétation. On regrettera simplement qu'il lui manque la petite étincelle qui faisait de Frères d'armes un incontournable dans sa catégorie.
Over There mérite le coup d'oeil, principalement car ses scénaristes ont compris que pour démontrer que la guerre est immonde, il n'y a pas besoin de tenter de l'analyser, il suffit de la montrer.
JC []

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