On connaît la qualité générale des séries policières françaises. Fades, calibrées, faiblement interprétées, vides d'idées, dépourvues de réalisme et sans aucune classe. Ainsi, le paysage audiovisuel français, en matière de séries policières, est tout entier occupé par des séries américaines ou par des pauvretés françaises. Tout entier ? Pas vraiment ! Une série résiste encore et toujours à l'envahisseur. Il s'agit de la "PJ Saint Martin", qui occupe la première partie de la soirée de polars sur France 2, tous les vendredis soirs.
Gens ordinaires contre héros

Une histoire de flics, encore et toujours, c'est notre police nationale qui est à l'honneur. Toutefois, ici, on ne parle pas de héros mais de quotidien. Des séries comme Julie Lescaut, Navarro, Une femme d'honneur et tous les ersatz du genre produits par TF1, nous proposent une vision idyllique de la police et des autorités en général : pas de bavures ou peu, un personnage central tellement parfait qu'il en devient fade, avec son franc-parler et son infaillibilité. Avec PJ, on ne retrouve pas ce genre de schéma : pas de héros mais plusieurs hommes et femmes, avec leurs faiblesses, leurs humeurs, leurs opinions et leurs traits de caractère. En regardant PJ, on est envahi par une sensation jusqu'alors inédite à la vue des séries policières françaises : la sensation de réalisme et de crédibilité. Plusieurs raisons à cela. Tout d'abord, comme nous l'avons expliqué, la police descend de son piédestal. Dans Julie Lescaut, la police est le plus souvent victime : elle est méprisée par la population et doit venir à bout de suspects tous plus hypocrites, coriaces et caricaturaux les uns que les autres. Dans PJ, la police est mise au même niveau que le reste de la population : les policiers eux aussi se fourvoient, s'agacent, commettent des erreurs, sombrent dans des moments de difficulté. A force de regarder les séries policières proposées par TF1, on finissait par croire que notre police nationale n'était en fait qu'une armée d'androïdes mécaniquement froids et stoïquement professionnels.
Mise en scène et dialogues : réalisme à tous les étages

Autre niveau de réalisme, les dialogues. Dans les séries policières françaises habituelles, les dialogues s'articulent en toute théâtralité : les personnages parlent et ne font presque que cela. Avec PJ, le commissariat est un vivier, un véritable lieu de vie. Les arrières plans sont soignés, avec toujours des personnages ou événements parallèles à observer. Les acteurs principaux ne vomissent pas leurs dialogues comme des enfants de cours moyen récitent péniblement un poème appris par coeur, ils évoluent, sont occupés à plusieurs activités. En interrogeant un suspect, les policiers ont parfois des moments d'égarement : ils signent un formulaire, sont distraits par un collègue... Bref, ils sont humains et on nous le montre. Toujours dans cette optique de réalisme, on peut apprécier chez PJ l'évolution des personnages. Tous ont une vie privée, qui ne nous est pas forcément ostensiblement dévoilée, et tous s'investissent, vis-à-vis de leurs collègues, dans un relationnel. On peut parler, à titre d'exemple, de la brouille qui oppose Chloé et Léonetti : un conflit physique puis une longue période de morosité, assortie de dépressions pour l'un des deux personnages.
Humour et thématique sociale
La série n'est pas dépourvue d'humour et de dérision. Les personnages sont proches de nous et certaines figures, comme le commissaire Meurteaux ou le lieutenant Léonetti, sont assez comiques sans pour autant donner dans la bouffonnerie. La PJ Saint Martin s'occupe parfois d'affaires légères, de conflit de 
voisinage et de problèmes internes qui prêtent à sourire. On se souvient d'un problème de couple exhibitionniste aux jouissances très bruyantes et de la mise en circulation sur Internet de photos de nu prises dans le commissariat. Les enquêtes soulèvent parfois des thèmes plus graves : violences conjugales, viols, immigration, clandestinité, maltraitance, discrimination, drogue... Alors que la plupart des séries policières françaises s'embourbent dans le traditionnel jeu du chat et de la souris de quatre-vingt-dix minutes et dans des enquêtes manichéennes, sans aucun sous-entendu social, économique ou moral, PJ s'incruste dans le quotidien. Face aux problèmes traités, on nous brosse toujours un large panel des mentalités. La série amène le téléspectateur à réfléchir sur des problèmes sociaux très variés, allant de l'intégration des minorités aux problèmes de chômage et de précarité.
De très bons acteurs
L'ensemble est soutenu par des acteurs excellents. Le problème majeur des séries policières françaises habituelles, ce sont les suspects, interprétés par des seconds rôles toujours différents et la plupart du temps très mauvais. Un acteur doit être pertinent lorsqu'il interprète un suspect cuisiné par un agent de police. Les réactions se doivent d'être crédibles, sous peine de porter préjudice au réalisme et à l'accroche. L'écueil est évité avec PJ, dont les seconds rôles, même s'ils ne sont pas toujours excellents, ont au moins un niveau de jeu correct. Pour ce qui est des acteurs principaux, ils ont tous su façonner un personnage et bien se distinguer les uns des autres. Aucune transparence.
Diffusé depuis 1997, PJ fédère de trois à cinq millions de téléspectateurs à chaque diffusion, tournant autour des 20% de part de marché. Un bon chiffre pour France 2. On regrettera tout de même que la série ne se hausse à des scores encore plus hauts au regard de sa qualité.
iscarioth []

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