Il y a des émissions de télé qui font partie du patrimoine national. Des émissions qui, qu'on le veuille ou non, ont marqué des générations par leur longévité, leurs animateurs ou leurs jeux. La roue de la fortune fait partie de ces émissions. Elle est à ranger entre Une famille en or et Le juste prix dans la vitrine des titres phares de TF1 des années quatre-vingt-dix. Animée par Annie Pujol, Michel Robbe puis Christian Morin entre 1987 et 1992, La roue de la fortune a fait les beaux jours de TF1, qui programmait à l'époque aux mêmes tranches horaires la série américaine Santa Barbara et l'émission de marionnettes le Bébête Show. Depuis 1992, plus de Roue de la fortune. Le cercle multicolore fait désormais partie du passé, des images un peu ringardes qu'on aime à revoir de temps en temps pour raviver quelques souvenirs. Mais, en télé comme au cinéma, il existe le remake. Faire du neuf avec du vieux, c'est un pari que semble vouloir prendre TF1 en relançant la Roue de la fortune 14 ans après sa disparition.
Les paillards en noir
La roue est relancée par Christophe Dechavanne, qui, ironie du sort, l'a enterrée en 1992 en imposant son émission Coucou, c'est nous. La roue de la fortune que nous connaissions était plutôt guillerette et colorée. Les lois du jeu télévisé ont cependant changé depuis le siècle dernier. Et la nouvelle version de la Roue de la fortune reprend à son compte les modifications opérées. Exit les couleurs flashy, place à un univers très bleuté proche des plateaux du Maillon faible ou de Qui veut gagner des millions. Les faisceaux de lumière bleue et la bande son ambiancée sont des éléments cohérents dans les deux émissions sus citées, où l'on tente d'instaurer un certain suspens. Dans la nouvelle mouture de la roue de la fortune, on relève une grosse incohérence. Le ton de l'émission est volontairement détendu, rigolard voire même paillard. Et, dans sa forme, la roue de la fortune se veut génératrice de suspense, réutilisant les codes d'émissions solennelles. Sous l'influence de Jean-Luc Reichmann, Christophe Dechavanne tente de créer, à des moments ponctuels, plus d'interaction avec son public, qui danse lors des courts passages musicaux. On croirait parfois à un grand fourre-tout, une compilation des éléments les plus prisés dans les divertissements.
Dechavanne, le fin limier de la blague
Dechavanne est absolument lamentable dans la présentation de ce jeu. L'animateur se vautre à essayer d'être drôle et dans ses multiples tentatives foireuses de jeux de mots. Dechavanne est souvent très gras, il manque considérablement de finesse et semble vouloir s'aligner sur les nouveaux ténors du jeu télévisé/divertissement d'aujourd'hui, à savoir Arthur (A prendre ou à laisser), Reichmann (Attention à la marche) et Cauet (La méthode Cauet). Dans cette optique, Dechavanne multiplie les interactions pipi-caca avec ses invités. Au début de chaque émission, les trois invités sont présentés. Vite, il faut trouver à chacun un signe distinctif, une étiquette pittoresque (« J'ai le vertige quand je joue aux jeux vidéos », « quand on me pince, j'ai du plaisir », ou ce genre de considérations strictement privées mais ô combien intéressantes). Les blagues en dessous de la ceinture sont fleuves. Par exemple, les personnes sélectionnées pour participer à l'émission - qui semblent presque toujours particulièrement stupides - sont souvent de jeunes femmes à très forte poitrine et affublées d'un large décolleté. En se penchant pour faire tourner la roue de la fortune, ces dames donnent à voir un tableau que Dechavanne s'empresse à chaque instant de commenter gracieusement. Le plus ridicule est certainement le duo que Dechavanne tente de former avec sa co-animatrice Victoria Silvstedt, complètement infantilisée et objectisée par l'animateur. Jouant d'une complicité très portée sur les allusions sexuelles, Dechavanne tente de créer une image de couple pittoresque.
Victoria Silvstedt a-t-elle une âme ?
Victoria Silvstedt semble vouloir nous dire : « Regardez-moi ! J'ai des seins, une bouche et je vis ! ». L'ancienne égérie de Playboy pourrait être choisie par le Larousse illustré pour représenter concrètement le terme pourtant si abstrait de l'inutilité. C'est bien simple, Victoria ne sert absolument à rien. Dechavanne, sans aucun complexe ni aucune dissimulation, s'en sert comme d'une potiche. Le mannequin n'est certainement pas la première potiche dans l'histoire de la télévision française, mais à coup sûr celle dont on cache le moins le statut. Victoria Silvstedt ne parle pas ou peu, applaudit, promène ses jambes de droite à gauche puis de gauche à droite. Annie Pujol avait à peu près le même boulot minable, d'accord, mais elle l'exerçait avec dignité. Les lombaires torturés, les seins projetés en avant et le sourire Miss France bien accroché au visage, Victoria Silvstedt agite les bras de deux ou trois façons différentes. Les robes légères et ultra décolletées qu'elle porte ont bien évidemment pour effet d'attirer les mains baladeuses de Dechavanne chaque jour, au grand plaisir du téléspectateur-baveur. Mais ne soyons pas totalement mauvaise langue. Des passages culturels express ont été aménagés dans l'émission, avec des explications supplémentaires sur les thèmes abordés. On enchaîne tout de suite après sur un "plan néné" et une Victoria Silvstedt qui regarde fixement la caméra avec au visage un sourire crispé made in nunuche. Histoire de se récompenser de l'effort produit.
TF1 a réussi à transformer une vieille émission sympathique en une espèce de jeu fourre-tout qui assume mal ses velléités érotiques. Selon les premiers rapports d'audience, l'émission a réussi à conquérir une assez large part du public. Mais que fait la police ?
iscarioth []

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