Attention ! La critique d'une série saison par saison peut nuire à l'effet de surprise.
Dans les années 90, X-Files remet à la mode les séries fantastiques : Au-delà du réel, Poltergeist, Dark Skies... C'est à cette époque qu'apparaît sur les écrans une série plus légère, plus originale dans son approche initiale, et qui pourtant souffrira de multiples crises dans sa production : Sliders, créé par Tracy Tormé (qui a travaillé sur Star Trek : la nouvelle génération) et produit par John Landis, Robert K. Weiss et Leslie Belzberg (le trio producteur de Code Lisa). Malgré ses faiblesses, ses opportunités ratées, ses invraisemblances et ses incohérences, ce petit joyau mérite toute l'attention de l'amateur de séries.
Saisons 1-2 : la base
Quinn Mallory, étudiant surdoué, découvre un passage vers des mondes parallèles. Certain de pouvoir revenir en arrière, il part en exploration avec son professeur de physique Maximilian Arturo et sa meilleure amie Wade Wells. Pas de bol, non seulement il embarque avec eux un innocent quidam appelé Rembrandt Brown, un chanteur sur le retour délaissé par son agent, mais surtout il réalise que le chemin du retour n'est pas si facile à emprunter. Les voilà donc partis à la rencontre d'une infinité de mondes alternatifs, chacun ayant évolué d'une façon un peu différente du nôtre : dans l'un les communistes contrôlent l'Amérique, dans l'autre le rôle traditionnel des hommes et des femmes est inversé (Hilary Clinton y est présidente des Etats-Unis, un épisode prophétique puisqu'elle devrait être candidate aux élections de 2008).
Si on veut bien accepter le postulat de départ (les mondes parallèles sont quasiment tous construits sur le même modèle que le nôtre, une hypothèse évidemment très improbable), il permet une déclinaison aussi riche qu'intéressante sur le mode « et si ..? ». Le plus souvent traitées avec humour, les histoires s'amusent à secouer les codes de la société américaine, de façon parfois un peu caricaturale mais toujours inventive.
Vers la fin de la deuxième saison néanmoins, le besoin d'élargir le champ d'action de la série se fait sentir : Wade rencontre un enchanteur qui la séduit dans ses rêves, les sliders découvrent l'existence d'une race guerrière d'« humains alternatifs » appelé les Kromaggs... bref, les éléments fantastiques et surnaturels commencent à se frayer un passage, tendance qui ne fera que s'accentuer dans la troisième saison.
Saison 3 : la crise
Cette troisième saison marque l'arrivée à la production de David Peckinpah, qui représente l'antéchrist pour la plupart des fans de la série. On peut supposer que tout ce qui s'est fait d'intelligent dans les trois dernières saisons l'a été malgré lui et non grâce à lui. Sa préoccupation majeure a été de remplir les épisodes d'action et d'effets spéciaux, et son attitude a mené au départ de John Rhys-Davies, qui était pourtant un pilier de la série.
Dans cette saison chaotique, on trouve paradoxalement le meilleur et le pire de Sliders : le pire étant dans les premiers épisodes (Un monde sans ressource, Un monde de tornades), le reste étant finalement un cocktail idéal d'effets spéciaux et de scénarios inventifs, même lorsqu'ils plongent dans la S-F la plus fantaisiste (Un monde de feu sacré, Un monde d'androïdes avec Robert Englund). Dans l'excellent épisode Un monde de justice médiatique, les procès se déroulent comme des émissions de jeux télévisés, dans lesquels le public vote pour le verdict de son choix !
Le véritable tournant dans l'histoire de la série est la mort du professeur Arturo : après avoir vécu les pires souffrances, il se fait flinguer par l'affreux colonel Rickman (Roger Daltrey, le chanteur des Who) avant d'exploser sur une planète attaquée par des pulsars. Autant dire que le personnage est bel et bien décédé. Pour le remplacer, préserver le nombre magique de quatre sliders, et traquer le colonel Rickman d'un monde à l'autre, on embauche la bombasse Kari Wuhrer, qui incarne le capitaine Maggie Beckett. Les derniers épisodes de la saison partent complètement en cacahouète, puisqu'on y trouve des zombies, des vampires, des aliens et des nécrophages.
Cette troisième saison en dents de scie réserve autant de bonnes surprises que de mauvaises, mais réussit à séduire suffisamment la chaîne Sci-Fi pour qu'elle rachète les droits afin de produire la suite...
Saison 4 : le renouveau capillotracté
La saison 4 s'ouvre sur une série de révélations tellement farfelues qu'on peut sérieusement se demander ce que les scénaristes consommaient au moment de la rédaction : les sliders rentrent sur leur terre et découvrent que celle-ci est tombée sous le joug des Kromaggs, qui ont colonisé bon nombre de mondes parallèles (admettons) ; Wade a été faite prisonnière et placée dans un camp de reproduction (Sabrina Lloyd s'est barrée) ; Rembrandt se fait torturer et raser la moustache (ok) ; mais surtout, Quinn apprend qu'il vient d'un monde parallèle, que ses vrais parents l'ont confié à leurs doubles (vous suivez ?) pour échapper à la guerre contre les Kromaggs qui a donc commencé vingt ans plus tôt (ah bon ?), et qu'il a un frère appelé Colin quelque part sur une autre Terre parallèle (allons donc). En deux temps trois mouvements, Quinn retrouve son frère (interprété par son vrai frère Charlie O'Connell, déjà aperçu en figurant dans les saisons précédentes), et le nouveau quatuor s'en va explorer de nouveaux mondes. Si on avale généreusement ce postulat invraisemblable, la quatrième saison se révèle peut-être la meilleure de toutes : les scénarios, mêlant habilement science-fiction hardcore et satire grinçante, amènent entre autres nos personnages à visiter des mondes parallèles à l'intérieur de chaque monde parallèle : la réalité virtuelle, la drogue, la mort, le temps... L'alchimie entre les personnages fonctionne curieusement bien, d'autant plus que Quinn a grandi et assume désormais son flirt avec Maggie autant que son rôle de grand frère avec Colin. Dommage que la série n'ait pas pu continuer sur cette formule.
Saison 5 : le bout du rouleau
Car avant le début de la cinquième saison, les frangins O'Connell réclament une augmentation de salaire radicale, que Sci-Fi refuse. Ils quittent alors la série sans sourciller, laissant les scénaristes avec un énorme problème narratif à résoudre. La solution est évidemment à hurler de rire : suite à un bug, Colin Mallory se retrouve coincé pour l'éternité entre deux mondes (la haine), et Quinn fusionne avec un de ses doubles... qui ne lui ressemble pas du tout (interprété par Robert Floyd). Ce nouveau Quinn est donc schizophrène pendant une bonne partie de la saison, tiraillé entre sa personnalité boy-scout (l'ancien Quinn), et son attitude de mauvais garçon (le nouveau Quinn), jusqu'à ce que le Quinn d'origine soit complètement écrasé sous la personnalité de l'autre. L'équipe est complétée par le professeur Diana Davis, la nouvelle scientifique du lot autrement plus sexy que le Arturo des débuts.
Cet ultime quatuor improbable est toujours confronté régulièrement aux Kromaggs, mais a droit également à quelques épisodes de qualité, même si beaucoup apparaissent comme des redites des saisons précédentes.
Du point de vue des personnages, même si la question n'est pas abordée de front, ces deux dernières saisons se révèlent assez désespérées : Rembrandt a quitté son monde (le nôtre a priori) car il était dominé par les Kromaggs, Maggie a quitté le sien car il a explosé, Mallory et Diana ont quitté le leur car il était fasciste et régi par un scientifique fou. Tous les autres personnages sont morts dans d'atroces souffrances (le sort de Wade est réglé dans la cinquième saison). Autant les deux premières saisons donnaient au spectateur l'espoir que les personnages allaient rentrer chez eux et retrouver leurs proches, autant le reste de la série s'éloigne de plus en plus de la possibilité d'un retour en arrière. Les choses changent dans le monde que l'on quitte, c'est inévitable. Et si Dorothy peut rentrer chez elle à la fin du Magicien d'Oz en minaudant « there's no place like home » (c'est ce qu'espère le Quinn de la saison 1, le pilote fait d'ailleurs plusieurs clins d'oeil au Magicien d'Oz), Rembrandt le survivant réalise au bout de cinq ans que si l'on peut retourner chez soi, on ne peut pas revenir dans le passé... Jamais une série n'aura fait passer avec autant de légèreté un message aussi déprimant !
Rappelons toutefois que les changements de casting et les revirements de l'intrigue ne sont pas dus au génie des scénaristes ou des producteurs (qui n'étaient d'ailleurs pas une équipe constante), mais rien n'empêche de chercher le sens qu'une oeuvre génère spontanément, sans demander l'avis de ses artisans...
riffhifi []

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