Parmi les histoires les plus racontées et les plus adaptées, il y a le mythe de Robin des bois. L'homme chevaleresque et résistant qui abandonne sa vie et prend le maquis pour lutter contre l'oppresseur. C'est en s'inspirant très largement du mythe du prince des voleurs mais aussi sous l'influence du modèle américain que Jean-Claude Deret imagine Thierry la fronde. Deret, lors de son voyage outre-atlantique, découvre l'univers américain des séries, dont la France se tient à des années lumière. Nombreuses et plébiscitées, les séries américaines provoquent l'engouement massif des téléspectateurs. Thierry la fronde, produit par RTF et Télé-France Films, importe pour la première fois ce modèle de réussite dans l'hexagone.
Le Robin des bois des années soixante
Thierry la fronde, c'est un nom que l'on connaît, même sans avoir jamais visionné la série dont il est tiré. A partir de 1963 sont diffusées les aventures de Thierry de Janville, alias Thierry la fronde. Au fil des 52 épisodes, le succès est croissant et prend des proportions considérables. Jean-Claude Drouot, incarnant Thierry la fronde, aura du mal à se défaire de son image de Robin des bois tel un Sean Connery ne pouvant se démettre de son costume de James Bond. L'impact de la série a été tel, que plus de quarante ans après, on la rediffuse, au format DVD, et par de vastes opérations chez les marchands de journaux (les éditions Cobra lancent en 2006 la collection officielle en fascicule). L'histoire de Thierry la fronde est simple et calquée sur le modèle de Robin des bois comme on l'a déjà expliqué. L'histoire prend place en pleine guerre de cent ans, en 1360. Thierry de Janville est devenu hors la loi pour défendre le roi de France, vaincu à la bataille de Poitiers. Le peuple est dominé par les soldats anglais, contre lesquels Thierry et sa bande se rebellent, fermentant des coups à partir de leur cachette dans les bois.
Les marques du temps
Le kitsch, au cinéma et dans les films voulant reconstituer en grande pompe une époque lointaine, est souvent très important. On prendra l'exemple du film Cleopatra de Joseph L. Mankiewicz, qui a concentré à son époque beaucoup de moyens et d'intentions. Ce film très rococo est maintenant vécu comme un monument du clinquant et de la démesure, déformé par le poids des années. Ce qui provoque la moquerie, dans les réalisations anciennes tentant de reproduire une époque passée, c'est le métissage de deux époques : celle où l'on a voulu implanter la fiction, et celle à laquelle le film a été tourné. Ainsi, avec Thierry la fronde, on se retrouve face à un Moyen-âge très sixties. Qui incarne mieux ce décalage que l'acteur Jean Gras, incarnant Bertrand ? L'accent d'un terroir pas si lointain dans la bouche, l'acteur fait l'effet d'un Jean Gabin, la subtilité en moins et la bonhomie bien grasse en plus. Symbolique de l'époque aussi, la teneur des scénarios. Toutes les histoires contées sont extrêmement correctes. Les anglais sont tous d'affreux imbéciles, mais on ne les tue pas, on les assomme. Face au machiavélisme du Prince noir et des anglais, l'humanisme et le dynamisme de Thierry et de ses hommes triomphe toujours. Il y a un coté Astérix le gaulois dans Thierry la fronde, avec l'idée d'une France gaillarde qui bouscule son petit monde à grands coups de baffes et d'éclats de rire.
« Prenez garde, messire Florent, prenez garde, Prince Edouard, Thierry de Janville n'est plus, mais il reste Thierry la fronde »
Le plus risible est certainement le personnage de Thierry lui-même, interprété par un Jean-Claude Drouot en collants. Une voix douce, une allure chaloupée, une peau de bébé et un torse prépubère, Thierry est loin des super héros body buildés et machos qui exploseront quelques vingt années après lui. Thierry est une âme chevaleresque et ses déclarations solennelles se prêtent facilement à moquerie. Tous obéissent à Thierry. Il est le chef incontesté, l'homme infaillible, d'intelligence et de décision. Dans le quatrième épisode, Thierry arrive même à réconcilier les peuples juif et arabe. Autre type de moment très nanar, les combats à l'épée contre les anglais. La chorégraphie est très lourde et les incohérences sont nombreuses. Pif, paf, pouf ! Un soldat, frappé vers la gauche, s'envole vers la droite. Certains autres, arrivant en pleine vitesse sur Thierry, ralentissent comme pour attendre leur tour. A trois contre un, le timing est toujours parfait et Thierry repousse les coups de ses assaillants un à un. Reprenant certains de ces effets de comique involontaire, Les inconnus ont réalisé une parodie de la série, qui sonne juste à tous les niveaux (acteurs, dialogues, réalisation...), intitulée Thierry la France.
Le sabot d'Isabelle
Le ridicule de l'ensemble est décuplé par des scénarios abracadabrantesques, selon l'expression de notre bon président. Par exemple, dans l'épisode trois, le sabot d'Isabelle, Thierry doit voler au secours de sa belle, une néo Marianne. Celle-ci est prisonnière dans un château à trois lieux du repère de Thierry, et ce dernier ignore sa détention. Pour lui faire connaître son emprisonnement, Isabelle lance sur la rivière son sabot de bois, avec à l'intérieur du foin et une plume. Le sabot, tel un navire de guerre imperturbable, file tout au long de la rivière jusqu'à la forêt de Thierry. Bien évidemment, lui et ses compagnons passent à proximité d'un point d'eau et tombent nez à nez avec le sabot. Comme pour rire, ils décident de s'entraîner au tir et de couler le sabot. Pourquoi pas. Tous échouent et bien évidemment, seul Thierry et sa fronde parviennent à couler la chaussure. Et là, surprise, Thierry se jette à l'eau pour récupérer la chaussure et la replacer à la surface pour que ses amis puissent continuer à s'entraîner (!). Intrigué par le foin (du foin dans une chaussure, avouez que ce n'est pas banal), Thierry ramène le sabot à ses amis qui ne mettent pas longtemps à déchiffrer le rébus. Du foin, une plume, mais c'est bien sûr !
En définitive, hormis les vieux nostalgiques, Thierry la fronde n'est à conseiller qu'aux amoureux du kitsch et du nanar. Même pour ces derniers, les épisodes sont assez répétitifs et la lassitude l'emporte vite.
iscarioth []

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