1/10Y'a que la vérité qui compte

/ Critique - écrit par iscarioth, le 17/04/2005
Notre verdict : 1/10 - Ce que nous vendons à Coca Cola c'est du temps de cerveau disponible (Ecrivez votre critique)

Tags : bataille pascal verite fontaine laurent compte emission

Ce que nous vendons à Coca Cola c'est du temps de cerveau humain disponible

On croit souvent que la « real TV », autrement appelée « télé poubelle », ne se limite qu'au concept de l'enfermement-surveillance. Mais le syndrome Real TV, ce n'est pas qu'un loft ou une villa filmée 24 heures sur 24 par une multitude de caméras planquées. C'est aussi toutes ces émissions qui se proposent de livrer en pâture aux téléspectateurs l'intimité profonde de certaines individualités qui connaissent alors avec béatitude leur « quart d'heure de gloire »...

Concept de l'émission

Bataille et Fontaine accueillent des anonymes désireux de délivrer une « vérité » à une personne de leur entourage : déclarations d'amour, remerciements, demandes de réconciliation, confessions... On fait de tout chez Bataille et Fontaine !

Bataille et Fontaine, ces messieurs les philanthropes !

Bataille et Fontaine, dans leur émission, effectuent une réelle performance d'acteur. Sourires pincés ou généreux, mouvements de main tantôt anxieux tantôt assurés, clins d'oeil et gestes pleins d'amour et de compassion envers les invités... Tout est mis en place pour faire croire aux téléspectateurs que les deux compères se sentent concernés et sont attachés au sort de l'invité comme s'il s'agissait du leur. Bataille et Fontaine jouent là les philanthropes aimants et humanistes. Ils sont souvent saisis côte à côte par les caméras dans un plan américain fort serré. Ils sont droits, concentrés et bienveillants comme des médecins bienfaiteurs. Au sortir du plateau, nos deux messieurs serrent souvent gracieusement les mains de leurs invités qui, tout aussi fréquemment, leur soupirent des « merci beaucoup » enlarmés et pleins de chaleur. Jean-Luc Delarue lui-même pourrait en prendre de la graine !

Et là... C'est le drame !

Les moments les plus misérables de démagogie malsaine et d'impudeur sont certainement ceux des portraits. Une fois accueilli, l'invité explique brièvement son cas, souvent bien aidé par les animateurs qui ne tardent pas lancer un bref documentaire expliquant aux téléspectateurs les problèmes de l'invité. Ce « portrait en images » est débordant de pathos : une voix féminine attristée et suave nous dévoile la vie de ces anonymes avec un texte brodé autour d'une poésie ridicule, bien centré sur l'émotion. On a droit à tous les effets audiovisuels possibles : une musique de fond mélancolique, des photos de famille en-veux-tu-en-voilà enchaînées en fondu. Ca y est, les téléspectateurs sont préparés. On a excité chez eux l'envie de tout savoir et de tout connaître. Sur le plateau, on peux commencer à faire pleurer l'invité à force de questions indiscrètes et mal placées.

Vous l'aviez rêvé ? TF1 l'a fait !

Dépassant les derniers remparts de la décence et du respect, Bataille et Fontaine enfoncent le clou en bombardant l'invité de questions toutes plus intimes et embarrassantes les unes que les autres, sous des faux airs de médecins psychologues consciencieux et honnêtes. La vie de l'invité est littéralement décortiquée.
TF1 est présenté comme l'ultime recours, l'ultime solution aux difficultés les plus insurmontables. Une escroquerie ? Pas d'inquiétudes, Julien Courbet à la rescousse ! Marre de l'argent public gaspillé ? Jean-Pierre Pernault arrive ! S'il y a bien une chose que TF1 sait faire, c'est exploser l'audimat et faire de l'argent en se faisant passer aux yeux des téléspectateurs pour une chaîne philanthrope et humaniste.

Une mise en scène soignée

Y'a que la vérité qui compte est truffé d'effets de mise en scène et de réalisation. Les écrans sont placés en hauteur sur le plateau. De fait, les invités attendent des paroles et une solution qui semble venir du ciel. Des fondus font la connexion et l'échange entre le visage des deux invités. Aucune musique de fond n'est présente, pendant ces « instants rideau » pour accentuer l'anxiété ambiante. De longs travellings qui vont jusqu'à l'extrême gros plan, pour bien saisir toutes les rougeurs et irritations causés par les pleurs, renforcent un silence pesant et font monter l'adrénaline chez les téléspectateurs qui veulent à tout prix connaître le dénouement. Le cadrage saisit souvent deux visages, soulignant ainsi grossièrement certaines dualités, certaines oppositions. Les effets de lumière sont eux aussi des plus grossiers : d'un bleu pesant pendant les moments de choix et de suspense pour l'ouverture du rideau et plus orangées et soulagées après l'ouverture.

Toujours plus loin dans l'indiscrétion

Bataille et Fontaine ne se contentent pas d'exposer la vie de leurs invités à la télévision le temps d'un soir. Les deux compères vont jusqu'à suivre leurs anciens invités dans leur « après émission ». A grand renfort de flash back, de ralentis et de fondus larmoyants, avec un fond musical mièvre toujours bien choisi, ils réalisent des mini reportages expliquant tout le bien que TF1 a fait à ses invités.
Bataille et Fontaine sont forts... très forts. Ils savent même lancer la pub en toute innocence. La page de réclame n'est plus une façon de faire vivre la chaîne mais carrément un moyen pour les invités de souffler un peu et de réfléchir. « Vous voulez qu'on laisse passer une courte page de pub pour vous donner le temps de réfléchir ? » Encore aucun invité n'a décliné cette généreuse proposition.

Fort heureusement, quelques invités de Y'a que la vérité qui compte se sont déjà montrés très lucides. L'an dernier, le Zapping a relevé ce moment fort de l'émission : une candidate, qui, s'adressant à l'écran, lance : « Non mais, c'est pas parce que tu me fais venir à TF1 que ça va changer quoi que ce soit, quand même ! » Rien que pour ça, on ne peut pas mettre zéro.