1.5/10L'Arène de France

/ Critique - écrit par iscarioth, le 22/05/2007
Notre verdict : 1.5/10 - La France en berne (Ecrivez votre critique)

Ce bon vieux Bern. On le croyait changé, après son séjour à Canal Plus. Complètement débridé le Stéphane, troquant son petit air de trentenaire toujours vierge contre un look plus décontracté, les cheveux bouclés presque mi-longs et le col déboutonné... L'ancien cireur de pompes (et pas pompeur de sirs) s'est affiché aux cotés du dandy Wizman et du glacial Guillon sur la tranche (casse-gueule) du soir sur Canal, nouveau refuge télévisuel pour cadre parisien bien comme il faut. Et le voici reparti, depuis 2006, pour une nouvelle aventure : le service public !

Ah, le service public ! Heureusement qu'il est là pour nous alimenter en débats enrichissants, construits et argumentés, pour faire face aux talk-shows minables des chaînes privées comme M6 et TF1. Oui, oui, j'ironise. « Et on paye une redevance pour ces abrutis ! » pourrait hurler Gérard, philosophe des troquets. La loi de l'offre et de la demande, le service public aussi doit s'y plier. Et, forcément, quand on est nourri au grain, on ne cherche pas à béqueter autre chose.

L'arène de France, c'est donc l'une des nouvelles trouvailles de France 2, qui, décidément, s'affirme au fil des années comme un pourvoyeur de télépoubelle aussi franc que son voisin le vendeur de « temps de cerveau disponible pour Coca Cola ». Officiellement, c'est un débat. On fait s'opposer de manière - est il bien nécessaire de l'écrire - très manichéenne deux camps, ceux qui sont pour ou contre l'affirmation du jour. La provocation et la surenchère se lisent dès la formulation de la question. « Une femme peut elle gouverner la France ? », « Faut il donner tous les droits aux homos ? »... Une formulation qui tend à la généralisation d'entrée de jeu, qui ouvre la voix à des discours pamphlétaires, vicieux et tranchés sur des thèmes d'égalité houleux. D'un coté, on invite les plus immondes et violents réactionnaires, capables de vous expliquer qu'une femme pense forcément moins bien qu'un homme, que le comportement homosexuel menace la survie de l'humanité... Et de l'autre, on sélectionne des militants, parfois quelque peu écervelés ainsi que des cas de foire, des stéréotypes décrédibilisants.

Evidemment, le débat ne tient pas la route plus de deux minutes et le brouhaha l'emporte fréquemment. Stéphane Bern, aussi charismatique qu'un concombre au milieu d'un champ de radis, cherche vainement à tenir une salle qui a été toute entière construite pour exploser... Exploser l'ambiance, exploser l'audimat, faire de l'image. On retrouve en fin de compte le même type de débats que ceux menés par Dechavanne fin des années quatre-vingt-dix avec son émission Comme un lundi, sur TF1. L'animateur était plus « musclé », le public plus bruyant, mais le coeur de l'émission ; la concoction de débats explosifs dans le seul but de faire beaucoup de bruit (pour presque rien), était en tout point identique


Que dire de plus ? Heureusement que France Télévisions, ce n'est pas seulement France 2, mais aussi France 3 (Ce soir ou jamais) et France 5 (
Ripostes), qui continuent, malgré le poids des années, sur le chemin de la qualité... et des carences en audimat. Vendre peu et de qualité, ou vendre beaucoup à une échelle industrielle et formatée : la télévision offre les mêmes positionnements de marché que beaucoup d'autres machineries.