3.5/10Le camp des fortes têtes

/ Critique - écrit par iscarioth, le 07/11/2005
Notre verdict : 3.5/10 - M6 choisit le camp de la Real TV (Ecrivez votre critique)

M6 est la chaîne pionnière en matière de Real TV. C'est elle qui a lancé la première émission du genre, Loft Story, en 2000. Elle a rapidement été suivie par TF1, qui a lancé Star Academy puis Nice People. Depuis, chaque année, M6 reste la chaîne à expérimenter le plus d'émissions de real tv. Sur le terrain de la Real TV éducative, M6 a connu de bons succès. Depuis 2004, la chaîne a lancé avec un certain succès Le Pensionnat de Chavagnes puis celui de Sarlat mais aussi Super Nanny, qui faisait des cartons d'audience l'an dernier. Le nouveau rejeton d'M6 en la matière arrive en ce mois de novembre et se nomme « le camp des fortes têtes ». L'émission semble calibrée autrement que ses prédécesseurs : la chaîne nous présente le camp des fortes têtes comme un documentaire, en quatre parties seulement.


Real Documentaire ?

« Ce documentaire raconte l'histoire vraie de six adolescents. Nous avons choisis de protéger l'un d'entre eux en masquant son identité ». Voilà ce que l'on peut lire, avant la diffusion de l'émission. Cette phrase nous est présentée de la façon la plus sérieuse et sobre au monde : en lettres blanches sur un fond noir et silencieux. M6 aurait elle changé de bord ? L'émission relèverait elle du genre documentaire ? Quelques secondes plus tard, avec le générique d'intro, on comprend que l'on s'est emballé trop vite. Montage syncopé, bruitages, musique de fond, voix grave du commentateur : « leurs parents ne savent plus quoi faire ». On flaire l'odeur forte de la recette de télé poubelle. Comme dans toute émission de « real tv éducative », M6 est présenté comme le dernier recours pour des parents désemparés. « Ils pensaient avoir tout essayé mais il leur reste une dernière chance ».


Le Concept

Six adolescents devenus incontrôlables, car violents physiquement et verbalement, déscolarisés, et parfois même drogués, se voient emmenés dans un camp canadien en pleine nature pour une durée de plus d'un mois. Le but : prendre un nouveau départ, sous l'impulsion et l'aide d'éducateurs.


Hurlez, vous êtes filmés !

Un concept qui n'a rien d'innocent. Placer six ados au comportement explosif ensembles, dans un cadre violemment dépaysant, il n'y a rien de mieux pour générer des images chocs et de grands pétages de plomb. C'est palpable dès le générique, ce que M6 vend aux téléspectateurs avec cette émission, c'est un condensé d'émotions fortes : « dépasser ses limites », « revenir à l'essentiel ». Nous ne sommes pas du tout dans la logique documentaire puisque les ados sont ici les éléments moteurs de ce que l'on met en scène comme un spectacle. Les caméramans d'M6 sur le tournage des fortes têtes ont vécu une aubaine : aucun isoloir, aucune structure « en dur » (tous vivent dans des tentes)... Bref, aucune échappatoire à la caméra, qui absorbe par l'objectif chaque moment de détresse ou de conflit. Le montage audiovisuel de l'émission se place lui aussi dans l'archétype de l'émission de real tv : images clipées, effets visuels, plans multiples, musique de fond pétaradante (souvent du rock), effets de bruitage incessants (un bruit de scratch minable accompagne chaque transition d'une scène à l'autre), ralentis, voix off, diffusion redondante d'un profil vidéo pour chaque individu...


Ah, les jolies colonies de vacances...

Le gros point positif de cette émission, si l'on fait abstraction de sa forme, c'est sa façon de mettre en lumière le travail des éducateurs face aux adolescents difficiles. Le leitmotiv pédagogique du retour purificateur à la nature, énoncé tout au long de l'émission, est assez bancal. Le rêve idyllique et naïf du retour salvateur à la nature est simpliste et réducteur, en plus d'être périmé depuis de bien longues années. « Ici, ce ne sont pas les éducateurs qui font l'autorité mais c'est la nature » lance le commentateur. Il faudra que l'on m'explique comment la nature s'y prend pour séparer deux jeunes hommes en train de se tambouriner gaiement le visage... Si l'on passe outre cette rengaine du retour à la terre et que l'on se pose en observateur, il y a tout de même de quoi trouver de l'intérêt à regarder cette émission. On observe la façon dont Greg Stevenson et ses camarades éducateurs font face à la violence physique et verbale des adolescents dont ils sont responsables. Et l'on peut dire que le contenu de l'émission est tout à fait représentatif de ce que sont amenés à voir les professionnels de l'éducation et de l'animation.
Beaucoup de techniques utilisées dans l'émission comme le bilan avec passage de témoin, les exercices de régulation et de confiance mutuelle, sont très répandues en centre ou colonie de vacances.


Rien de neuf, du côté de la Real TV sur M6 : le camp des fortes têtes propose de la viande, de la chair télévisuelle, du croustillant, de la violence physique et verbale, filmée sous toutes les coutures. On trouvera tout de même une qualité à l'émission : celle de laisser entrevoir le travail effectué sur la régulation de la violence, par les éducateurs.