7/10Le Royaume

/ Critique - écrit par Aurélie, le 22/02/2006
Notre verdict : 7/10 - La Reine Magot (Ecrivez votre critique)

La principale interrogation en ce qui concerne la téléréalité pourrait être formulée ainsi : que vont inventer les têtes pensantes du PAF pour repousser les limites de la bêtise, du sadisme et du voyeurisme ? La nouvelle réponse s'appelle le Royaume, et c'est la première chaîne qui nous fait cet honneur.

« Le destin est parfois cruel, mais il en est ainsi, au Royaume. »

Le concept de cette nouvelle émission est relativement simple : des gens comme vous et moi sont immergés dans un cadre moyenâgeux et doivent parvenir, grâce à des épreuves, à devenir Roi ou Reine, afin d'empocher la modique somme de 100.000 euros. Relativement simple, donc, mais cela ouvre la porte à des choses bien plus vicieuses que nous allons vous faire le plaisir de détailler.

Honneur, valeur, loyauté ? Complots, trahisons, intrigues ?

Dès le générique, le décor est planté : les bons sentiments ne suffisent plus à faire vendre et TF1 l'a bien compris. Le code de l'honneur des chevaliers se trouve donc remisé derrière les complots et les intrigues.
Le déroulement du jeu est conçu pour favoriser ces trahisons et cette lutte entre le bien et le mal : dans le royaume, il y a deux camps, la cour, composée du Roi, qui est le personnage le plus important, et de trois seigneurs, qui ont le privilège de vivre au château, et de l'autre côté les « pauvres », le petit peuple, qui se tasse dans une cabane et doit s'occuper des basses besognes afin de servir le Roi. Ce second groupe se retrouve affublé des pires noms, « pauvres », « gueux », « manants », « vilains » et que sais-je encore.
Le premier Roi du jeu a été désigné grâce à la résolution d'un casse-tête, et il peut être renversé grâce aux épreuves, de même que sa cour. Comme à l'époque du Moyen-âge, le Roi a (presque) tous les droits sur son peuple, et au Royaume, plus on a de pouvoir et plus on en abuse. D'ailleurs, la production a eu l'amabilité de mettre à disposition des régents quelques moyens de répression « d'époque », comme par exemple le cachot.

« Maintenant, je te souhaite bonne chance, et je me souhaite bonne chance »

Parmi les quatorze personnes qui font partie du jeu, seule une petite poignée sont au centre des attentions : Mohammed (« Je suis en train d'écrire l'histoire, là »), le premier à être investi des pouvoirs de Roi. Heureusement qu'il n'est que le monarque d'une téléréalité. Il ne vaut mieux pas imaginer le bazar s'il avait de réels pouvoirs. Frédérique est au coeur du premier accrochage de l'émission. En effet, elle commet une faute immense en osant montrer de l'impatience devant le Roi alors que tout le peuple est à genoux en face de lui. Elle doit donc être punie, et tandis que la cour imagine les pires sévices (le pilori ? le cachot ? enfermée au fond d'un puit ?), elle s'enfuit, tombant au passage comme dans un mauvais film. Attention, nous voilà au summum du suspense... c'est dire. (Rassurez vous, elle n'ira pas bien loin et sera quand même punie, le bien triomphera et la justice sera faite)
Mais Frédérique a plus d'un tour dans son sac et elle finira par se retrouver Reine à la fin du deuxième épisode. « C'est le podium principal », a-t-elle déclaré. Evidemment, il y a aussi la potiche de service, Audrey, mais également le Schtroumpf à Lunettes de l'émission en la personne de Franck, qui est toujours là pour prêcher la bonne morale et soutenir le Roi Mohammed, mais qui nous fait aussi le bonheur d'aligner les propos franchement déplacés que ce soit au sujet des femmes en général (« Je lui ai dit que la femme est peut-être plus fourbe et hypocrite que l'homme ») ou des « pauvres ». On peut juste espérer pour lui qu'il est payé pour de telles absurdités.

Le point commun de tout ce petit peuple est de se prendre très au sérieux. A les entendre, ils vivent ainsi depuis des années (à peine une semaine, en fait).

« L'austère messager annonce la fatale nouvelle »

La voix-off du Royaume est extraordinaire. Doté d'un sérieux incomparable, elle est capable d'annoncer des choses comme « la décision de Mohammed est un pavé jeté dans les eaux troubles du pouvoir ». Magique.
Quant au présentateur, son rôle est plus qu'anecdotique, nous retiendrons juste ses moqueries, ses intonations forcées et ses postures débiles.

Ce sont les épreuves qui sont chargées de donner un rythme au jeu. En pratique, la plupart sont d'un intérêt limité : rôtir une oie, transporter un sanglier en cage à l'aide d'une charrette dont il faut réparer la roue... Seule épreuve ayant un tant soit peu d'intérêt dans les deux premiers épisodes : par équipe de trois, les candidats doivent enflammer un tas de paille située sur l'eau à l'aide de catapultes lançant des projectiles en feu. Sauf que les candidats n'ont visiblement pas eu de formation ès catapultes, ce qui permet au téléspectateur de rire, plus que devant n'importe quel Vidéo Gag, grâce aux petites maladresses dangereuses en tout genre. Un vrai bonheur.

- Qu'est ce qu'ils ont fait ?
- Ils ont fabriqué du bois coupé.

Dans le fond, le Royaume ne vaut pas plus que n'importe quelle autre téléréalité. Le concept reste le même, basé comme toujours sur le voyeurisme. Cependant, il faut bien reconnaître à l'émission un certain potentiel comique, qui permettra à ceux qui ne culpabilisent pas de rire des autres, de se divertir agréablement. Ce que l'on peut garder de ces premiers épisodes, c'est avant tout une impression de kitch, grâce aux costumes « authentiques », aux candidats qui se prennent absolument au sérieux, et aux insultes qu'ils échangent (bien modernes, elles).


PS : Une seconde critique du Royaume peut être lue
ici.