6.5/10Semoun (Elie) - se prend pour qui ?

/ Critique - écrit par Nicolas, le 01/12/2006
Notre verdict : 6.5/10 - Elie Semoun se prend pour qui ? (Ecrivez votre critique)

C'est un fait, vous avez forcément déjà entendu parler d'Elie Semoun, même si sa carrière est davantage reconnue pour la paire qu'il formait avec l'autre humoriste Dieudonné. Le duo légendaire, démarré au début des années 90, fait partie du paysage humoristique français autant que pourrait l'être Chevalier et Laspalès ou Jean-Marie Bigard, fort d'un humour un peu provocateur et très grinçant. Une si belle cohésion ne pouvait pas durer, et les deux humoristes feront cavaliers seuls à partir de 1997. Si la raison de cette rupture est encore bien imprécise, les deux hommes ne paraissent plus en si bons termes qu'avant, et chacun fait son petit bonhomme de chemin. Elie trouve un second souffle en réalisant Les Petites Annonces d'Elie, révélant du même coup Franck Dubosc, et continue à se produire sur scène, d'abord avec « Elie et Semoun », puis « Elie à L'Olympia », et enfin « Elie se prend pour qui ?».

« Elie Semoun se prend pour qui ? » s'imbrique parfaitement à la suite des autres spectacles du comique tant le style et la composition ne change pas d'un pouce. Elie pratique en effet ce que l'on pourrait qualifier d' « humour à personnages », où le but est avant tout de créer à chaque sketch un nouveau contexte et un nouveau héros un brin loufoque. Une construction qui n'est d'ailleurs pas sans rappeler les Petites Annonces D'Elie, où le but du jeu était justement de proposer à chaque mini-sketch une personnalité bien trempée à partir d'une réalité bien palpable. Mais parlons du présent, et intéressons nous à cette question fondamentale avancée dès le début du spectacle : Elie Semoun, il se prend pour qui ?
Pour pas mal de monde, apparemment, puisqu'il sera tour à tour grabataire sourd de la feuille, adolescent un chouïa décérébré, vendeuse au rabais hystérique, et homosexuel exalté. Un jeu de rôle constant où l'humoriste exerce avec l'efficacité qu'on lui connaît son humour un peu noir, son amour pour l'irrévérence, et son attrait pour les contextes un peu sensibles. Il pose même la question pendant son spectacle : « peut-on rire de tout ? » Réponse affirmative, à en croire l'accueil du public qui ne cesse de rire aux blagues du comique, même lorsque celui se prend à parler de suicide, toujours sur le ton de la comédie et de la situation improbable. La plupart de ses personnages sont généralement de réelles enflures qui se gaussent de la souffrance d'autrui et des bonnes manières, sortes de stéréotypes démesurés de quelques comportements que l'on pourrait retrouver au quotidien. L'autre partie verse plutôt dans la caricature, résultante d'une observation acerbe de la société d'aujourd'hui. Fer de lance de cette relative « analyse » : la jeune Kévina, 15 ans grand maximum, et son future ex petit copain Julien, plus mature puisque atteignant la barre des 15 ans et demi.
Pourtant, la recette touche moins qu'avant. Trop usitée ? Peut-être. Elie éprouve du mal à se couvrir de rires, même dans ses moments les plus drôles. La durée plutôt limitée et le retour de certains personnages des précédents spectacles n'arrangent rien dans l'accueil plutôt mitigé que l'on réservera au spectacle, assez moyen sur la longueur, et ce malgré l'énergie dont fait preuve Elie Semoun. Celui-ci, fidèle à lui-même, grimace, gesticule sans arrêt, crie à tout va, et rigole même de ses propres blagues.

Peut-être faudra-t-il penser, dans l'avenir, à chercher le renouveau. Elie Semoun se prend pour qui ? n'est certes pas désagréable, franchement marrant par moment, juste un brin décevant lorsque l'on connaît le talent de l'artiste. Le DVD, quant à lui, a été consciencieusement préparé, et propose une tripotée de menus tournants qui font office de mini-sketchs. A côté du spectacle, trône une multitude de bonus, à savoir : un making-of très backstage de près de trente minutes, les sketchs - casting sur Nice People, un petit documentaire sur la conception des menus du DVD, quelques chansons chantées sur scène, et deux sketchs québécois.


Photos : © Caillasse Production 2006