8.5/10Les Simpson

/ Critique - écrit par riffhifi, le 06/07/2007
Notre verdict : 8.5/10 - Humour toujours mais satire au flan (Ecrivez votre critique)

Humour toujours mais satire au flan

Le 25 juillet prochain, les Simpson débarquent au cinéma. Après 18 ans de bons et loyaux services télévisés, la turbulente famille animée de Springfield mérite bien cette consécration. Partie intégrante de la culture populaire contemporaine, la tribu compte essentiellement cinq membres : Homer, le pater familias goinfre et irresponsable ; Marge, la femme au foyer débordée par l'éducation de ses enfants et de son mari ; Bart, l'affreux jojo qui aime montrer ses fesses en conseillant aux gens d'aller se faire shampouiner ; Lisa, l'élève modèle qui ne comprend pas comment elle a pu naître dans une telle famille ; et Maggie, l'éternel bébé accroc à la tétine. Car en 18 ans d'existence, les Simpson n'ont pas vieilli d'une semaine. Eternellement figés dans leurs âges respectifs, ils ambitionnent de nous faire croire que leurs 400 épisodes (tout rond, sans compter la 19ème saison en cours de réalisation) se sont tous déroulés la même année... Cependant, la série sait s'adapter à l'évolution de l'époque dans laquelle elle se situe : les Simpson d'aujourd'hui utilisent Internet et regardent la téléréalité...

Il n'est pas question de remettre en cause l'indiscutable puissance comique de la série, son inventivité de tous les instants, son rythme haletant ni le talent avec lequel les personnages sont dessinés (au sens propre comme au sens figuré).

En revanche, on peut s'interroger sur l'aspect satirique de la série, souvent décrite comme étant d'une audace folle dans sa description de la société moderne. En réalité, les Simpson ne font que véhiculer (consciemment) une armada de clichés inoffensifs, traités d'une façon suffisamment consensuelle pour ne pas choquer le spectateur moyen, fut-il lui-même américain, obèse, républicain et lecteur de la Bible. On ne devient pas la série de dessin animé la plus populaire de tous les temps en maniant l'humour trash. Sans pour autant oublier que les Simpson restent sans doute le meilleur divertissement premier degré de ces vingt dernières années, repassons sur les thèmes (nombreux et universels) qu'elle évoque :

Ned Flanders
Ned Flanders
La religion

Les habitants de Springfield, massivement protestants (à l'exception d'Apu, l'épicier indien et hindouiste), se rendent à l'église tous les dimanches sans entrain mais par souci de la tradition. Le seul réel pratiquant de la ville est Ned Flanders, le voisin des Simpson, qui appelle régulièrement le révérend Lovejoy au milieu de la nuit pour lui demander conseil sur l'interprétation d'un verset de la Bible.
Par ailleurs, lorsque dans un épisode Bart vend son âme à son ami Milhouse, il finit par le regretter et la lui rachète.
Bilan : pratiquez la religion car Dieu existe peut-être, mais pas trop pour ne pas avoir l'air bête.

Seymour Skinner
Seymour Skinner
L'éducation

Dans l'école de Springfield, le principal Skinner est un homme sévère mais juste, incompétent mais pas foncièrement méchant. Il fait son métier comme n'importe quel autre, sans réellement se soucier de l'avenir des enfants, et préfère se concentrer sur sa relation avec l'institutrice, Mme Krapabel. L'éducation est présentée comme un élément négligeable de la vie américaine, contrairement à ce que les sitcoms et autres séries du pays de l'Oncle Sam veulent nous faire croire. En fait, l'éducation passe après tout le reste : l'argent (l'école est reconstruite en pâte à pizza par des mafiosi pour faire du profit et les enfants sont obligés de quémander auprès de Mr Burns pour obtenir des fonds), l'amusement (les professeurs n'attendent qu'une chose, la fin des cours et les sorties pédagogiques pour avoir enfin le temps de boire des bières et fumer des cigarettes), la politique (Lisa devient délégué du personnel et le pion des professeurs, dans une très bonne parodie d'Evita). Pas le plus consensuel des sujets de la série, donc.

Montgomery Burns
Montgomery Burns
La vieillesse

Le vieux, par définition, est soit aigri comme Montgomery Burns, soit sénile comme le grand-père Abraham Simpson. Cliché facile mais qui ne porte pas à conséquence puisque le spectateur moyen de la série n'est pas en âge de se sentir concerné.

L'homosexualité

Wellon Smithers, l'assistant de M. Burns, nourrit des fantasmes terriblement sexuels à l'endroit de son patron (ou plutôt à son envers...). Il rêve de sa coupable passion la nuit mais n'ose en parler à personne, et souffre dans son coin.
Bilan : l'homosexualité, ce n'est pas toujours facile à assumer, surtout dans une petite ville. Restez cachés.

Chief Wiggum
Chief Wiggum
La justice

Le chef Wiggum est à la tête de la police de Springfield : gros mangeur de donuts, il est l'archétype du policier paresseux et incapable. La justice à Springfield est simple : celui qui part en prison n'est jamais le bon. Homer, Marge et même Bart sont entrés au moins une fois dans la bonne vieille prison de Springfield. Le chef Wiggum est toujours à la traîne et ne semble jamais rien comprendre à ce qui se passe. C'est en général Bart ou Lisa qui résout les crimes. Le cliché est plus français qu'américain mais il est toujours porteur : le flic est incapable mais il a un bon fond.

Diamond Joe Quimby
Diamond Joe Quimby
La politique

Eternel maire de Springfield, le maire Quimby représente le politique véreux par excellence. Ses seuls faits d'arme en tant que maire de la ville sont d'instaurer des journées spéciales pour un rien et de se faire porte-parole de la population springfieldienne. Il passe son temps à détourner l'argent du contribuable, à draguer des stagiaires et à magouiller.
Et malgré tout, il est toujours maire ?! Oui, car les politiques sont tous pourris, c'est bien connu.

Apu et son nom de famille imprononçable
Apu et son nom de famille imprononçable
Le racisme

Dans un épisode, Apu l'épicier est sur le point d'être expulsé, car les habitants de Springfield se sont convaincus que les étrangers étaient la cause de tous leurs malheurs. Après un discours pacificateur de Homer (ou Marge, peu importe), la foule se calme et décide de ne pas chasser Apu.
Bilan : le racisme c'est mal, mais il suffit de l'expliquer gentiment et les gens le comprennent, car ils ont un bon fond.

Une morale d'un angélisme rare : on peut difficilement parler de satire.

Dead like him
Dead like him
La mort

Sans doute le seul sujet à être traité de façon vraiment étonnante dans la série, la mort des personnages n'intervient (heureusement) que rarement. Mais lorsqu'un collègue d'Homer s'électrocute, ou qu'un personnage récurrent meurt (par la faute de ce danger public d'Homer !), c'est avec une décontraction surprenante que l'évènement est accueilli. Sans pleurnicherie dégoulinante comme d'autres séries - même comique - savent le faire. Homer est même capable d'oublier qu'il se trouve à un enterrement et de s'endormir en réclamant une bière. Pour le coup, les auteurs présentent une vision intéressante de la réaction humaine face à la mort : on rit, on oublie. On repousse à plus tard en haussant les épaules, au mépris parfois de ceux qui gisent sous nos pieds. Brr.

We are family
We are family
La famille

Thème fondamental de la série, la famille est finalement présentée sous un angle simpliste et optimiste : après toutes ces années, toutes ces péripéties, la famille Simpson est toujours unie : le mari est un porc abject et mesquin, mais sa femme n'a pas divorcé ; malgré une éducation laxiste et irresponsable, les enfants n'ont pas fugué ni sombré dans la drogue. Malgré sa bêtise et sa fainéantise, Homer occupe toujours son poste à l'usine et n'a toujours pas causé d'accident majeur (il en a même évité grâce au jeu du pique-nique-douille !).

A force de ne jamais évoluer, la série semble dire aux spectateurs : « vous êtes laids et bêtes, on peut en rire (surtout si vous reconnaissez vos voisins avant de vous reconnaître vous-mêmes) mais n'essayez pas de changer : tout va très bien. »

Dommage de consacrer un article entier à l'énumération des frilosités de la série, car elle reste par ailleurs un spectacle comique de tout premier ordre. Mais comme pour tout objet de culte, il faut savoir prendre du recul pour garder son objectivité...


Co-écrit avec May, dite ‘Chouquette', spécialiste française des Simpson et auteur du livre Les Simpson et moi : quinze ans de concubinage (épuisé)