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titre: "Ted Lasso : mieux vaut redescendre"
description: "Un entraîneur venu du Kansas, qui n’a jamais travaillé que dans le football américain, débarque à Londres pour prendre en main un club de Premier League...."
rubrique: "Séries & TV"
type: "Critique"
auteurs: ["Guillaume"]
date_publication: 2026-08-16
note: "3.5/5"
oeuvre: "Ted Lasso"
fiche_oeuvre: https://television.krinein.com/oc/28396-ted-lasso.md
url: https://television.krinein.com/ted-lasso/
editeur: Krinein (https://www.krinein.com)
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# Ted Lasso : mieux vaut redescendre

Un entraîneur venu du Kansas, qui n’a jamais travaillé que dans le football américain, débarque à Londres pour prendre en main un club de *Premier League*. Sur le papier, ça tenait dix minutes : trois saisons plus tard on y est toujours, avec une troisième un peu poussive et une quatrième qui vient tout juste de commencer…

> **Verdict : 3,5/5.** Belle descente.

En 2013, NBC Sports rachète les droits de la *Premier League* aux États-Unis et se retrouve à devoir vendre le football anglais à des gens qui n’en ont rien à faire. La chaîne commande une publicité à Jason Sudeikis, qui l’écrit avec Brendan Hunt et [Joe Kelly](https://bd.krinein.com/biographie-joe-kelly/) : un entraîneur du Kansas, moustache et accent du Midwest, débarque à Tottenham, ne comprend rien à rien et finit par se faire virer. La blague, à l’époque, c’est de rire de lui. Sept ans plus tard, Bill Lawrence (l’homme de *Scrubs*) est passé par là, Apple a signé un chèque, et c’est la même moustache, le même accent, la même incompétence tactique. On ne rit simplement plus de lui. Comme quoi c’est dans les vieilles pubs qu’on fait les meilleures séries (c'est dire le niveau d'inspiration général).

![Brett Goldstein, interprète de Roy Kent, riant lors d’une rencontre publique](https://www.krinein.com/img_articles/small/26263-ted-lasso-mieux-vaut-redescendre-2.jpg) *L’homme qui valait trois grognements. (Kevin Paul, CC BY 4.0)*

Ce qui accroche, ce sont les personnages, et pas celui qui donne son nom à la série. Ted (Jason Sudeikis) arrive entier au premier épisode et repart entier au dernier : c’est un réactif qu’on verse dans un vestiaire pour voir ce que ça donne. Les autres, eux, évoluent. Rebecca Welton (Hannah Waddingham), la propriétaire qui a récupéré le club dans son divorce et qui embauche Ted pour saboter tout ce qu'aime son ex-mari. Roy Kent (Brett Goldstein), le vétéran qui grogne et à qui la série apprend patiemment des phrases. Jamie Tartt (Phil Dunster), le petit con d’attaquant, sans doute le mieux écrit du lot : il lui faut trois saisons pour devenir un type bien, avec des rechutes, et sans baguette magique. Nathan Shelley (Nick Mohammed), l’homme à tout faire promu adjoint. Higgins (Jeremy Swift), le larbin à qui on finit par rendre sa dignité.

C’est barré, loufoque, et pourtant jamais gratuit : le dosage entre la vanne absurde et le moment où l’on arrête de blaguer est assez remarquable. Surtout, personne n’y est humilié durablement. La comédie moderne carbure au malaise et à la vexation, on rit contre quelqu’un depuis *The Office* ; ici on rit avec, ce qui est plus rare qu’il n’y paraît et nettement plus difficile à tenir sur trente-quatre épisodes. Du côté de la mise en scène, c’est propre et sans esbroufe.

> **Attention :** les deux paragraphes qui suivent racontent des points clés des deux premières saisons.

![Jason Sudeikis, chapeau clair et cheveux longs, lors d’un festival, sans la moustache de Ted Lasso](https://www.krinein.com/img_articles/small/26263-ted-lasso-mieux-vaut-redescendre-1.jpg) *Sans la moustache, plus personne ne le reconnaît. (Daniel Benavides, CC BY 2.0)*

Ted a l’air complètement à côté de la plaque, façon idiot du village. Il ne l’est pourtant pas du tout, et c’est la deuxième saison qui le démontre : le bonhomme fait des crises de panique en plein match, il les cache, et son père s’est suicidé quand il avait seize ans. Arrive le docteur Sharon Fieldstone, psychologue du sport, que Ted commence par détester comme on déteste un concurrent. Aucun épisode spécial santé mentale, aucune parenthèse solennelle avec la musique qui baisse : ça se joue à l’intérieur de la machine comique, blagues intactes. La série va jusqu’à inventer les "Diamond Dogs", un club d’hommes qui parlent de leurs sentiments dans un bureau, présenté comme un gag récurrent (avec aboiement pour appeler la réunion, oui oui). Il fallait sans doute ce subterfuge pour que ce soit regardable.  Derrière des personnages franchement caricaturaux il y a donc autre chose, et cette gentillesse un peu bête est aussi, chez Ted, une façon assez commode de ne jamais braquer la lumière sur lui-même, ce qui demandera bien plusieurs saisons pour qu'il l'admette.

Ce qui nous amène à Nathan, la meilleure idée de la série et son plus beau gâchis. Nate est celui qui a le plus besoin de l’attention de Ted, et c’est exactement celui qui en reçoit une part égale aux autres : distribuée à parts égales, l’attention ressemble beaucoup à de l’abandon. Sa bascule n’a rien d’un coup de théâtre parachuté, c’est un sous-produit de la méthode. Le crachat au miroir, l’affiche "Believe" déchirée, la fuite dans la presse sur les crises de Ted, puis le passage chez l’ennemi : le *season finale* de la deuxième saison est le plus beau moment de la série, et il vous laisse un an à ruminer. La troisième le récupère, le soigne, le pardonne. Le problème, c’est qu’elle ne le laisse jamais plaider : son ressentiment est traité comme un symptôme, jamais comme une objection à laquelle il faudrait répondre. La série tient sa propre contradiction et elle la classe sans suite.

Autre réserve, et pas la moindre : le football n’existe pratiquement pas. Comptez le temps de jeu réellement montré sur les trente-quatre épisodes des trois saisons, c’est dérisoire. Les matchs passent en montage de vingt secondes, un but au ralenti, un plan de tribune, retour aux vestiaires. La tactique fait décor, au point qu’en troisième saison le "football total" débarque comme une illumination alors que c’est une idée néerlandaise de 1974 (autant dire hier). L’économie du sport, les agents, les droits télé et une relégation, qui dans la vraie vie coûte des dizaines d’emplois, se vit à peu près comme un chagrin d’amour. Ce n’est pas un oubli : *Ted Lasso* est une comédie de bureau dont le bureau possède une pelouse. Aucun prérequis n’est demandé, on peut ne rien connaître au foot et tout comprendre. C’est aussi son plafond, et un *Rocky* sans combat reste un drôle d’objet.

La troisième saison, elle, se disperse. Les épisodes gonflent, de la demi-heure des débuts à près d’une heure, et le temps gagné sert surtout à énoncer tout haut ce que la première montrait d’un geste. Le restaurant de Sam, la boîte de communication de Keeley, Amsterdam, le Kansas : chacun a son arc, plus personne n’a de scène commune, et le club, qui était le sujet, devient un décor de passage, ce qui pour une série qui tenait dans des vestiaires, un bureau et un pub fait tout de même beaucoup de kilomètres pour pas grand-chose. Keeley Jones (Juno Temple) en fait les frais la première, avec une intrigue ouverte puis lâchée en route, et Sam n’est pas mieux loti. Le fil rouge s’efface au profit d’une collection de petites histoires. Cela dit, ça se termine proprement : Ted rentre au Kansas, Roy prend le banc, Rebecca vend une partie du club à ses supporters, le club finit deuxième. Point final assumé, ce qui est rare.

**Repères chiffrés**

- **34** épisodes pour les trois premières saisons
- **10** épisodes pour la quatrième
- **mercredi** sur Apple TV+, jusqu’au 7 octobre

Et c’est là que la quatrième saison devient intéressante, parce qu’elle a l'air différente. Ted ne revient pas entraîner les mêmes hommes en *Premier League*.

La série redescend deux fois : déjà on passe à la deuxième division, et en plus à une équipe féminine, les Lady Greyhounds, ce qui ressemble à un pas vers l'inconnu dans un monde footballistique qui a du mal à sortir du mâle. Petit périmètre, moyens réduits, une équipe peu connue : le dispositif de la première saison, reconstitué. La naïveté de Ted, plutôt décorative au milieu des millions de la *Premier League*, y redevient utile. Ajoutez un nouveau responsable de l’écriture, Jack Burditt, et le tableau change.

Deux épisodes sont sortis à l’heure où j’écris, et ils ne sont pas du tout similaires. Le premier sert entièrement à justifier qu’on rouvre la boutique, ce qui est une drôle de tâche pour un lancement, mais ok. Le second démarre nettement mieux, avec l’arrivée d’Alice Chilton (Tanya Reynolds), l’adjointe qui n’accueille pas Ted les bras ouverts et qui a tout l’air d’apporter le souffle qui manquait. Quelqu’un, enfin, qui lui répond.

Finalement, *Ted Lasso*, c’est une comédie qui a fait un pas de côté par rapport à la cruauté de son propre gag d’origine, une bande de seconds rôles qui vaut mieux que son héros, et une troisième saison qui a pris la grosse tête avant de savoir s’arrêter. Elle fonctionne mieux quand elle redescend. Si vous avez calé au milieu de la troisième, ne rayez pas la série de vos listes pour autant, reprenez directement ici. Espérons que les huit épisodes restants tiennent ce que ces deux-là promettent…

## Fiche technique : Ted Lasso

- Acteurs : Jason Sudeikis, Hannah Waddingham, Juno Temple, Brett Goldstein, Jeremy Swift, Phil Dunster, Brendan Hunt, Nick Mohammed, Toheeb Jimoh, James Lance
- Chaîne : Apple TV
- Genre : Humour
- Date de sortie : 14/08/2020
- Fiche de l'œuvre sur Krinein : https://television.krinein.com/oc/28396-ted-lasso.md

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*Critique publié par Krinein, magazine culturel francophone. Version HTML : https://television.krinein.com/ted-lasso/*
