Au terme de vingt et deux épisodes inégaux truffés d'accrocs et d'invraisemblances, une poignée d'audacieux réussirent à s'échapper de Fox River, club de vacances forcées pour voyous bêtes et méchants. Cette grande évasion, menée par le cerveau perspicace du craquant Michael Scofield - et dans le sillage de laquelle de nombreux dégâts collatéraux furent déclenchés - finissait sa première course aux frontières d'une incertaine chasse à l'homme, laissant sur le carreau des milliers de téléspectateurs, épuisés par tant de rebondissements, et frustrés de devoir attendre la suite des péripéties, là où la trame commençait justement à devenir palpitante... Quelques mois plus tard, après un retour à notre quotidien pépère dans lequel Scofield et compagnie se sont naturellement fait oublier, la seconde saison revient à la charge, pleine de souffle coupé, de soif d'argent et de délivrance. Nos fugitifs éclectiques, traqués par la meute revancharde d'un Bellick pas content et les neurones survitaminées de l'Agent Fédéral Alex Mahone, ne le savent pas encore, mais la sortie de l'auberge est loin d'être à portée de quelques foulées.

L'événement majeur de cette nouvelle saison est sans nul doute l'introduction au casting de William Fichtner dans le costard de Mahone. Habitué aux rôles de leaders (Armageddon, la série Invasion) et connu pour être un second couteau de choix (Strange days, Albino Alligator), sa contribution, de moins en moins nuancée, est un apport salutaire pour l'intrigue principale. Avec cette espèce de versant négatif de Michael Scofield, les scénaristes ne pouvaient que créer de puissantes vibrations via leur confrontation, digne des meilleures productions du genre. Seulement, de sa création opportune découle un hic de taille : ce profiler, doté d'une part d'ombre assez sympathique, possède un sens inné de l'anticipation à la limite du surnaturel. En fait, non. Pas de limite, il est carrément dans la clairvoyance. Conclusion : Mahone est l'archétype du prophète qui sait tout, pénible... en plus d'être increvable. A ce propos, jamais une série n'a été aussi clémente avec ses grands méchants loups. Lorsque l'opportunité de s'en débarrasser une bonne fois pour toute est offerte aux héros persécutés, ceux-ci ne la saisissent jamais (ou trop tard). Il faut bien faire durer le suspens, hein ? Ironie du sort, vous vous en rendrez compte assez vite, sortir de prison n'a jamais été aussi facile à en croire les conjonctures de la saison 2. Comble de l'absurde et de l'incohérence, les mêmes individus au sang-froid qui avaient surmonté l'impossible ont désormais du mal à profiter des multicolores alternatives du grand espace pour s'évanouir dans la nature. La faute à qui ? Au stress des conditions particulières de la fuite ! Evidemment, il fallait y penser. Cela explique tout : pourquoi les fuyards vénèrent les actes manqués et les bourdes à répétition ; pourquoi ils n'apprennent pas de leur erreur, se laissent embobiner pour des broutilles, sautent dans la gueule de leurs prédateurs sans trop réfléchir. Le stress total, quoi. Cependant, le véritable tour de force de ce Prison Break, c'est de réussir à nous affamer avec de la marchandise 50% light. Et personnellement, je n'aime pas me faire bananer.

A trop vouloir grappiller des points d'audimat jusqu'à saturation, comme tant d'autres avant, mais de manière encore plus palpable, les producteurs de Prison Break ont rallongé artificiellement la durée de vie d'une échappée qui aurait dû se contenter d'une douzaine d'épisodes pour être véritablement nerveuse, surprenante et fraîche. Au lieu de cela, par l'entremise de petites modifications esthétiques, la mise en scène recycle en permanence les « grands moments » - entendez par là : ceux qui ont capté l'auditoire, peu importe leur originalité et véritable qualité narratologique d'ailleurs. Rattrapé, le fugitif se fait prendre, puis parvient à s'échapper, avant d'être repris pour finalement avoir l'occasion de fuir à nouveau... Se moque-t-on de nous ? Ce jeu du chat et de la souris ne cesse de se poursuivre ad vitam eternam. Mécanique huilée, certes. Barbante, plus encore. Parfois, on se croierait dans un Tex Avery... ou dans la peau d'Alex Mahone, le décripteur de pensées à distance. De ce fait, face aux nombreuses manigances cousues de fil blanc et à l'objectif mercantile incontestable, la tentation de foutre le camp revient toujours sur le tapis un épisode non l'autre. Mais voilà : tel le lapin pris au piège dans la lumière éblouissante des phares d'un six tonnes, claquer la porte en prenant le risque de passer à côté du dénouement tant espéré de cette histoire - devenue abracadabrantesque - n'est pas commode. Car malgré les nombreux détours inutiles et autres échéances superficielles, les réponses compte-gouttes comblent plus de 80 % des questions initiales. D'autre part, si les frères Scofield n'offrent que peu de surprises par rapport à leur comportement monolithique précédent, les autres ex-taulards gagnent en profondeur psychologique grâce à leurs intrigues secondaires bien menées et utiles aux pressions de l'action principale. C-Note et T-Bag en tête. Oh, bien sûr, ça ne vole jamais très haut, ce n'est jamais très original. Mais les quelques enjeux dramatiques qui se jouent en parallèle participent à rendre l'ensemble un peu moins manichéen que d'ordinaire. Du coup, même si ça ne suffit pas pour oublier la carotte et son âne, certaines ordures tendront, à un moment ou l'autre de l'aventure, vers la recherche d'une rédemption, souvent motivée par des réseaux plus ou moins complexes. Puis il convient de stipuler que Prison Break - Saison 2 recèle tout de même de jolies scènes de machination, formidablement filmées et interprétées. Le contraire aurait été plus que décevant.

Néanmoins, pour toutes les mauvaises raisons évoquées ici, cette seconde saison ne parvient pas à surprendre autant que la première. La surenchère de violences et d'invraisemblances - apparemment commune à toutes les séries actuelles qui marchent, ou les échéances repoussées avec du vent par des rebondissements calibrés toutes les dix minutes - pour tenir en éveil le téléspectateur pendant les trois ou quatre pauses publicitaires, sont autant d'éléments parasites qui font regretter les prémisses d'une course poursuite pourtant excitante (comptez 5 ou 6 épisodes) et les quelques circonstances fortes et divulgations bien placées (idem). Evidemment, la stratégie lucrative n'est pas neuve. La saison précédente jouait déjà cette carte là. Mais étrangement, peut-être parce que partiellement confinée dans un lieu unique - celui du milieu carcéral, la magouille passait un peu plus inaperçue. Cela dit, au final, le long cheminement souvent hasardeux n'a pas été vain ! Malheureusement, là où aurait dû se terminer en beauté l'aventure, les scénaristes et producteurs ont cru bon d'en rajouter une couche. Ainsi, transposées dans un contexte plus sombre et effrayant (surenchère quand tu nous tiens...), les dernières minutes ne font pas qu'annoncer une saison 3 jouée d'avance. Ces dernières minutes mettent en perspective le peu d'imagination des scénaristes qui, décidément, ont bien tourné en rond durant cette interminable escapade foireuse. Dire que dans quelques années, Michael Scofield sera THE référence de l'évasion tout terrain... Houdini, Papillon, Numéro 6, Frank Morris, le docteur Kimble et bien d'autres doivent déjà se retourner dans leur tombe.
gyzmo []

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