6/10Body bags : Petits cauchemars avant la nuit

/ Critique - écrit par riffhifi, le 31/10/2008
Notre verdict : 6/10 - Les contes de la morgue (Ecrivez votre critique)

Tags : nuit avant cauchemars petits film station carpenter

Une série qui ne dépassa jamais le stade de l'épisode-pilote malgré le nom prestigieux de son instigateur : John Carpenter. Pas de regret, c'était de l'horreur un peu bas de gamme, indigne du maestro.

Si on vous demande un jour en soirée quel est le chaînon manquant entre Les contes de la crypte (1989-1996) et Masters of Horror (2005-2007), ne souriez pas d'un air bête en répondant « C'est une question-piège : y en a pas. » La vraie vérité, c'est que ce Yéti existe bel et bien, date de 1993 et se nomme Body bags. Diffusé chez nous (dans les Jeudi de l'angoisse de M6) sous le titre Petits cauchemars avant la nuit, puis repris en vidéo en tant que Body Bags ou Body Bags : sacs à cadavre, l'opus ne dure que 91 minutes mais se voulait le pilote d'une série d'anthologie apparentée à son grand frère de HBO Les contes de la crypte. Sur le même modèle, de courts épisodes horrifiques de 25 minutes devaient y être présentés par un fou furieux à l'humour noir bien trempés : John Carpenter lui-même, déguisé en employé de morgue. La présence d'une telle pointure à l'écran, qui renvoie aux mythiques Alfred Hitchcock présente des années 50, s'explique par l'investissement de Carpenter dans le projet : producteur et initiateur, il compose également la musique et surtout réalise deux Carpenter entre Tom Arnold et Tobe Hooper : le torse et les torts sont partagés
Carpenter entre Tom Arnold et Tobe Hooper :
le torse et les torts sont partagés
des trois segments proposés dans le pilote. En deuxième homme, on trouve Tobe Hooper, dont le statut de réalisateur culte repose depuis maintenant 25 ans sur les seuls Massacre à la tronçonneuse et Poltergeist, ses deux vrais succès (Massacre à la tronçonneuse 2 était un pauvre slasher anémique, The mangler et Mortuary furent des bides, le reste de sa filmo est essentiellement composé de téléfilms et de direct-to-video...). Le générique compte également deux autres célèbres figures du cinéma d'horreur venues jouer les guests : Wes Craven (après Les griffes de la nuit mais avant la trilogie Scream) qui incarne un poivrot  se plaignant de n'avoir pas fait d'études (venant d'un ancien prof de philo, la réplique est amusante), et Sam Raimi (la trilogie Evil dead) en ex-employé du mois d'une station-essence. Cette volonté de faire de l'horreur en s'amusant, guidée par des envies de réalisateurs (par opposition aux Contes de la crypte qui étaient plutôt un effort de producteurs), sera concrétisée de façon plus nette dans les Masters of Horrors de la décennie suivante : bénéficiant d'une liberté de sujet complète et d'un format (trop ?) confortable de 50 minutes, les Carpenter et les Hooper auront enfin la carte blanche de la chaîne Showtime, qui leur avait refusé en 1993 de continuer l'expérience Body bags. Tant pis ?...

Après tout, en dehors du plaisir de voir à l'écran des cinéastes qui se cachent généralement derrière leurs caméras (Tobe Hooper fait aussi une apparition à la fin), il n'y a rien de plus à déguster ici qu'un trio d'épisodes convenus et vite Mark Hamill ne s'est pas mis le doigt dans l'oeil. Il aurait mieux fait.
Mark Hamill ne s'est pas mis le doigt
dans l'oeil. Il aurait mieux fait.
expédiés, qui ne reflètent pas spécialement la personnalité de leurs auteurs. Le premier, The gas station, est un standard absolu de l'angoisse, avec son tueur anonyme rôdant autour d'une station-essence ; pas d'autre célébrité que les deux réalisateurs cités plus haut, et l'histoire se termine sur un happy-end mollasson qui donne envie de passer à la suite. Les deux autres segments sont à rapprocher pour leur sujet : dans le premier, Hair, le personnage incarné par Stacy Keach veut retrouver sa chevelure d'antan, et s'adresse à un vendeur de miracles joué par David Warner (inutile de dire qu'il s'en mordra les doigts, ou que d'autres s'en chargeront pour lui) ; dans le deuxième, The eye, un joueur de base-ball (Mark Hamill dans son interminable traversée du désert post-Luke Skywalker) perd son œil droit dans un accident et accepte de s'en faire greffer un autre (avec quelques effets secondaires indésirables, sans compter qu'il n'est pas de la bonne couleur). Sympathiques à regarder et ponctués de quelques effets modérément gores, les trois histoires peinent pourtant à convaincre de la présence à leurs commandes d'un John Carpenter. On ne regrette pas que la série soit tombée à l'eau, laissant au réalisateur le temps de tourner un de ses meilleurs films : L'antre de la folie...