1/10La Ferme célébrités en Afrique

/ Critique - écrit par riffhifi, le 26/02/2010
Notre verdict : 1/10 - L’Afrique c’est chic (Ecrivez votre critique)

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Dans l'immensité du vide que constitue immanquablement un tel programme, une figure de proue se dessine fièrement, contre vents et marées, un homme qui incarne l'essence de la téléréalité : Mickael Vendetta.

On peut en penser ce qu'on veut, en tant que spectateur, citoyen, sociologue ou anthropologue, mais il faut admettre un fait : la téléréalité est entrée dans les mœurs françaises. Depuis le premier Loft Story de 2001, près de dix ans ont permis de raffiner le procédé en tirant progressivement les leçons des émissions les moins populaires. Au contraire des versions plus sophistiquées proposant un
développement personnel artistique (
Star Academy...) ou un vrai défi physique (Koh-Lanta), La Ferme célébrités est le degré zéro de la téléréalité : une poignée de semi-people d'aujourd'hui ou d'avant-hier (vedettes décrépites, sportifs sans emploi, fins de race désœuvrés) sont parqués dans un environnement rural pour effectuer diverses corvées, sous l'œil des spectateurs de TF1 chargés de les éliminer un par un, semaine par semaine. Après deux éditions en 2004 et 2005, la troisième saison proposée cette année délocalise le bazar en Afrique (il fait froid chez nous, il fait chaud là-bas, on nous vend du rêve vite emballé), et remplace les présentateurs Christophe Dechavanne et Patrice Carmouze par Benjamin Castaldi et Jean-Pierre Foucault. Ce nouveau choix transpire l'évidence : le premier est le porte-parole de la téléréalité française (Loft Story, Secret Story), et le second l'une des figures les plus familières de TF1 depuis plusieurs décennies (Sacrée Soirée, Qui veut gagner des millions).

Le principe : montrer que les célébrités sont elles aussi capables de faire la vaisselle, de planter un clou et même (dieux du ciel !) de traire une vache. Malgré les vagues tentatives de la production pour habiller le concept (chaque people est associé à une association caritative, qui gagne une somme proportionnelle à son temps de présence dans le jeu), et pour remuer une vie quotidienne globalement apathique (filons-leur des perruques et une guitare, ce sera la fête), La ferme célébrités possède le même fonctionnement sidérant que les "machin story" : il n'y
a pas de jeu à proprement parler, ni de règles établies. Les candidats doivent simplement essayer de se rendre suffisamment populaires pour éviter de se faire virer par les votes du public. Ces votes ne sanctionnent donc qu'une seule chose : l'envie du spectateur de continuer à voir telle ou telle personne à l'écran. De toute évidence, le choix est aiguillé par deux critères principaux : le physique et l'attitude. Le candidat (la candidate) doit être agréable et rigolo à regarder.

Dans ce contexte, au milieu d'une masse de personnalités profondément inintéressantes, parmi lesquelles on distingue cependant avec amusement la présence de Greg le millionnaire (un bel exemple de méta-téléréalité, de la même façon que Loana dans l'unique saison de Je suis une célébrité, sortez-moi de là !), une figure surnage : Mickael Vendetta. Le jeune homme de 22 ans a la particularité de n'être célèbre pour aucune raison particulière : il n'est ni acteur, ni chanteur, ni politicien, ni sportif de compétition... il s'est fait connaître par le biais de vidéos promotionnelles sur internet, dans lesquelles il proclamait être l'homme le plus beau et le plus parfait du monde. Depuis un peu plus d'un an, il arpente les plateaux de télévision et draine un fan-club considérable sur le seul concept de "bogossitude", qui consiste à dire que Mickael Vendetta est fantastique. Nul ne sait s'il se croit sérieux ou non, tout porte à croire qu'il joue délibérément la carte de l'excès et de l'autosatisfaction (il fait penser aux personnages de Benoît Poelvoorde, à la caricature d'Alain Delon...), mais une chose est sûre : Mickael Vendetta n'est RIEN. Il fait rire, mais n'est pas un comique. Il se prétend l'idole de Nicolas Sarkozy et d'Arnold Schwarzenegger, mais il est impossible de déterminer
s'il véhicule un message ou non, s'il pratique le premier, le second ou le troisième degré. On peut le rapprocher d'un Dieudonné qui, ces dernières années, a joué la carte d'une provocation si violente et si ambigüe qu'elle a fini par lui attirer l'antipathie des médias et d'une bonne partie du public. Mais Vendetta ne provoque pas sur des terrains glissants, il ne fait pas de sketches et n'écrit pas de romans. Il se vend simplement sur un concept, il est délibérément un packaging sans contenu.

Tâchant d'appliquer sa méthode à l'émission, il joue les branleurs dès les premiers jours, drague les blondasses et frime auprès des autres, sort des phrases cultes à tour de bras (« Même les porcs me respectent, ils n'ont pas souillé mes vêtements ») et se met à dos la quasi-totalité des candidats, ainsi que Benjamin Castaldi lui-même. Pourtant, de toute évidence, Mickael Vendetta a tout compris. Chaque génération a ses héros, et si Jérôme Kerviel est un Arsène Lupin du XXIème siècle, il faut bien accepter que Mickael Vendetta soit un héros de la téléréalité. Cependant, usé sans doute par la chaleur, se heurtant à un manque d'humour général de la part de concurrents particulièrement primaires, peut-être relégué au second plan par un montage de l'émission nécessairement orienté, il se contente désormais de jouer les têtes de Turc sans assumer son rôle de bouffon. Nominé aujourd'hui pour la deuxième fois déjà, il peut être viré ou devenir provisoirement un des chefs. Au-delà de ce mini-suspense, gageons que Mickael Vendetta sortira vainqueur de l'expérience, ce qui permettra de démontrer que la provocation gratuite mais inoffensive, exempte de toute intention ou réflexion sous-jacente, est une des pierres angulaires du divertissement moderne.

En attendant, La Ferme célébrités en Afrique relève plutôt du bide, et le prime du vendredi devient un "deuxième partie de soirée". Bing.