6/10Les Griffin

/ Critique - écrit par iscarioth, le 07/09/2006
Notre verdict : 6/10 - Un ersatz des Simpsons ? (Ecrivez votre critique)

Il était tout désigné, pour Canal Plus, le digne successeur des Simpsons et de South Park. La troisième série dessin animé phare de la chaîne devait être les Griffin. Une nouvelle série dessin animé pour adultes à laquelle, finalement, le public français n'a pas accroché. En attestent les DVD de la série vendus en France, à moins de dix euros la saison seulement.


Victory is mine !

Comme bien souvent dans les séries du genre, on retrouve des personnages tous très typés, ce qui n'est pas forcément synonyme de médiocrité. Futurama, Les Simpsons, Daria, South Park, ces séries emblématiques et politiquement incorrectes regorgent de personnages aussi comiques que clichés. Les Griffin, c'est donc une famille composée d'un couple et de ses trois enfants. Le père est un gros bonhomme irresponsable, égocentrique et alcoolique, la mère une femme au foyer plutôt naïve. A l'image de Leila dans Futurama ou de Marge dans les Simpsons, Lois Griffin est le personnage le plus équilibré et donc le moins marquant. Cependant, contrairement à Leila ou Marge, Lois n'a pas non plus de quelconque particularité intrinsèque, ce qui la rend encore plus transparente aux yeux du spectateur. Sa fille, Meg Griffin est la caricature de l'adolescente superficielle, en quête de beauté et de popularité. Son frère Chris est un rebelle-rocker, plutôt mou. Les deux personnages les plus intéressants de la série sont très certainement ceux dont nous n'avons pas encore parlé : Stewie et Brian. Un bébé et un chien qui ont tous les deux la capacité de s'exprimer dans une langue un peu trop riche pour leur condition d'être non doué de parole. Cortex, de Minus & Cortex, projetait de dominer le monde. Autre génie du mal, Stewie, lui, projette seulement dans un premier temps d'assassiner sa mère. Stewie est très certainement le personnage le plus drôle et décalé de la série. Il part souvent dans des monologues de conspiration. Il élabore des plans farfelus, d'un regard sadique et de sa voix un peu cassée qui roule les « R ».


Absurde mais creux

Les Griffin se rapproche un peu de ce qu'a déjà fait Matt Groening avec les Simpsons. On retrouve à peu près la même structure familiale d'américains moyens, les mêmes codes graphiques et l'humour se base sur les mêmes ressorts absurdes. On distingue deux moteurs comiques : l'humour absurde, mené de manière très rapide, avec de multiples retours en arrières, des flash-back ultra furtifs et un enchaînement de plans d'une grande célérité. Dans les Griffin, quand l'un des personnages fait référence à quelqu'un, quelqu'il soit, il y a de forte chance pour que ce dernier débarque faire coucou dans la série, pendant quelques courtes secondes, qu'il ait un quelconque rapport avec l'intrigue ou pas du tout. Pour faire rire, les Griffin usent aussi de références culturelles. On pastiche de nombreux films et séries, les dialogues eux-mêmes sont très chargés en allusions à la culture populaire américaine. Là-dessus, pas véritablement d'innovation ni de discours osés. Les Griffin se plaisent à l'exercice mais ne renouvellent pas pour autant le genre. Depuis la fin des années quatre-vingt-dix et la révolution South Park, il devient difficile d'aller plus loin que Trey Parker et Matt Stone dans le domaine de l'impertinence. Les Griffin peinent à surprendre, avec des outils humoristiques qui n'étonnaient déjà avant l'arrivée de South Park. On a beau s'en prendre à l'image de la mère (Stewie déteste sa mère, il l'insulte souvent durement), on ne peut pas pour autant qualifier la série de « politiquement incorrecte » ou de réellement provocatrice. La série ne pose pas d'enjeux ni de questions sur notre société et notre mode de vie. Elle ne se fait pas non plus dénonciatrice. L'humour est absurde, parfois piquant, mais jamais véritablement osé. Le discours est tellement creux qu'on se demande, à l'écoute du générique, si les auteurs ont été sérieux ou ironiques en déclamant qu'aujourd'hui, il n'y a plus que « de la violence au cinéma et du sexe à la télévision » (« It seems today, that all you see, is violence in movies, and sex on TV / But where are those good old-fashioned values, on which we used to rely »). Cette impression de fadeur dans le discours est renforcée par la VF, très édulcorée. On traduit un « slut » par « petite peste ».


Les Griffin, c'est une série dans la lignée des Simpsons (certains hurlent même au plagiat), qui se distingue de la série mère par un sens de l'absurde plus prononcé et un rythme beaucoup plus soutenu et frapadingue. On reprochera aux Griffin ce que l'on reproche à la série de Matt Groening, surtout depuis le début des années 2000 ; une très grosse carence critique. L'absurdité et le dynamisme cachent un gros vide de réflexion. On se demande même parfois si les créateurs des Griffin ont réellement quelque chose à dire.