1/10Le Miel et les Abeilles

/ Critique - écrit par JC, le 01/05/2008
Notre verdict : 1/10 - Mouche à miel (Ecrivez votre critique)

Mauvaise, la série s'avère un intéressant catalyseur de la déliquescence du style AB. C'est effectivement à partir du Miel et les Abeilles que tout partira en sucette.

Bien avant la crise actuelle du pouvoir d'achat, AB Productions concrétisait un vaste projet de sitcoms low costs. Au début des années 1990, de mauvais comédiens envahissent par grappes des décors en carton-pâte pour déclamer des tirades misérables sur des scénarios risibles. L'origine du mal éclot avec Salut les Musclés et se poursuit dans ses dérivés Premiers baisers, Hélène et les garçons et Le Miel et les Abeilles.

(○ AB Production)
(© AB Productions)
C'est un peu avant Noël 1992 que TF1 offre Le Miel et les Abeilles à la France. Les téléspectateurs découvrent alors les aventures de Lola, cousine d'Hélène et de Justine. Cette jolie étudiante en lettres, coiffée d'une frange et adepte des jeans taille haute, attire irrésistiblement, comme le miel, une tripotée de prétendants, les abeilles. Gentille mais un poil chagasse, Lola profite de sa ruche pour réaliser tous ses caprices de starlette du resto U...

Là où la simplicité peut exprimer le summum du raffinement, l'incurie des sitcoms AB représente l'exemple du peu de cas avec lequel étaient traités les préados français durant les années 1990. Sur l'échelle de la misère audiovisuelle, Le Miel et les Abeilles explose les compteurs. Rarement la télévision aura délivré un discours aussi vide de sens.

(AB Productions)
(© AB Productions)
Mauvaise sur tous les plans, la série s'avère cependant un intéressant catalyseur de la déliquescence du style AB. C'est effectivement à partir du Miel et les Abeilles que tout partira en sucette. D'abord chez les acteurs en roue libre complète qui font peine à voir et à entendre. Les plus chanceux ont réussi à se faire oublier et ont, peut-être, trouver un job dont ils sont fiers aujourd'hui. Dans le pire des cas, il y a Mallaury Nataf. Visiblement traumatisée, la jeune femme a craqué son slip au sens propre dès 1994 sur le plateau du Jacky Show. En pleine interprétation de son titre Fleur sauvage, elle tournicote et dévoile sa nénette hirsute aux Français. Scandale. L'interprète de Lola Garnier ne s'en remettra pas puis publiera son autobiographie A la vie, à l'amour en 1995. Elle y racontera la « défonce » sur les plateaux de tournage puis vivotera avant de tenter un come-back dans la deuxième saison de
La Ferme célébrités en 2005. Un retour vain bien sûr. Une malédiction à la Poltergeist qui poursuit d'autres noms de la galaxie AB tels que Sébastien Roch et Manuela Lopez.

Très mal jouée avec des scénarios inspirés du pire du vaudeville, Le Miel et les Abeilles pourrait se résumer à une infamie cathodique qui a broyé d'innocents intermittents du spectacle et téléspectateurs. Malheureusement, il y a encore pire. Passons de l'autre côté du miroir. A mesure que la série avance, une espèce d'ésotérisme diffus gagne les épisodes. Des partis pris scénaristiques, des introductions de personnages atypiques qui ouvriront les vannes de la perplexité chez les téléspectateurs tentant d'y déceler un discours sous-jacent. Le nain noir Giant Coocoo : discrimination positive au carré, symbole folklorique heroic fantasy ou jumeau bénéfique du majordome du Prisonnier ? Le rocker roux Johnny : avatar de la rébellion de la jeunesse dans un univers aseptisé ou tentative d'attraction d'un nouveau public à perfectos ? Et surtout Lola entourée des ses abeilles masculines : version AB d'un documentaire animalier, harem inversé préfigurant le girl power de Sex and the City et Desperate Housewives ou bien promotion de la polyandrie ?

(AB Productions)
(© AB Productions)
Le Miel et les Abeilles semble en effet traversé d'un puissant discours sexuel. Il suffit de se remémorer la présence de Joëlle, la cousine nymphomane de Lola qui tenta de pécho son oncle (!). Le passé pornographique de Désiré Bastareaud, interprète de Giant Coocoo, décédé dans un accident de voiture en 2005. Un personnage étrange à la force surhumaine et à l'appétit glouton. Etrange comme Aristide, décalque blanche et obsédée du Steve Urkel de La Vie de famille. Cela relié, bien entendu, à l'intrigue principale : une lolita (cf. le prénom Lola) entourée d'une bande de mâles en rut (photo ci-contre).

Au final, Le Miel et les Abeilles ne répond clairement qu'à la question de sa qualité en tant qu'œuvre audiovisuelle : abjecte. Peut-être qu'un jour, Jean-Luc Azoulay, créateur prolifique de toutes ces séries, partagera ses secrets et avouera que Le Miel et les Abeilles était un conte cruel sur une pauvre petite fille riche à deux doigts de trouver l'amour (Johnny, le rocker roux) mais qui a fait le mauvais choix dans l'ultime 200e épisode ? Et que l'on a été trop bête pour le voir, se contentant de subir la série au premier degré sans en dégager sa métasubstance. Peut-être...