2/10Secret Story - 2008

/ Critique - écrit par Guillaume, le 01/07/2008
Notre verdict : 2/10 - Des secrets à l'appel (0,50€/min) (Ecrivez votre critique)

Tags : secret story nominations caroline alexandra matthias marilyn

Secret Story entame sa seconde saison sur TF1. Rappelez-vous, nous en parlions déjà sur Krinein.

Les règles n'ont pour ainsi dire pas changé. Quelques personnes sont réunies dans un même lieu, chacune détentrice d'un secret qu'elle doit conserver, chacune ayant pour mission de découvrir les cachotteries des autres. D'où ce fabuleux nom Secret Story (qui se paie le luxe de créer un parallèle avec le titre Loft Story, une façon comme une autre de déjouer les superstitions et d'essayer de recréer l'événement).

Passionnant !
Passionnant !
Seize candidats sont ainsi enfermés dans une maison, chacun associé à la somme rondelette de 10 000 euros, qui correspond à la "valeur" de leur secret. En découvrant le secret d'un tiers, la cagnotte change de main. Quelques petits jeux supplémentaires permettent, cependant, d'agrandir sa cagnotte personnelle.
Chaque semaine deux candidats sont nominés par les habitants du loft. L'un sera repêché par le public tandis que l'autre devra quitter la maison et faire une croix sur toutes ses chances de gains.
Finalement, les quatre derniers joueurs à rester en lice seront les seuls à pouvoir clamer leur cagnotte.

De l'argent, des enquêtes à mener pour découvrir des secrets. Tout semble laisser croire que Secret Story n'est qu'un jeu comme les autres. Pourtant, on est ici dans la téléréalité, ce fameux concept, maintenant connu comme le loup-blanc, qui joue davantage la carte de l'exhibition des participants, du voyeurisme que du défi intellectuel.

Les candidats sont donc logiquement filmés 24h sur 24, sept jours sur sept, et les abonnés au service live de TF1 peuvent se réveiller en pleine nuit pour les observer dormir. Que c'est palpitant !

C'est de la balle !
C'est de la balle !
Le débat de la téléréalité et son côté voyeur semble maintenant être devenu un débat d'arrière-garde. Plus personne ne s'offusque de Secret Story alors que Loft Story avait fait couler des tonnes de litres d'encre. Pourtant, à bien y réfléchir, rien n'a changé. C'est toujours aussi dérangeant de placer un regard continu sur la vie plus ou moins privée des candidats enfermés dans la maison. Tout comme il est dérangeant de penser que l'on peut volontairement se placer pendant plusieurs longues semaines sous le regard des caméras, même pendant que l'on dort, même pendant que l'on mange. Certes, passer à la télévision provoque un attrait non négligeable sur beaucoup d'entre nous, mais on devrait continuer à trouver cela choquant, et s'abstenir de proposer ce genre de programme. C'est d'autant plus déroutant que Popstars, sur la même chaîne, a davantage tendance à se concentrer sur quelques prestations, quelques cours, et cherche bien moins à dévoiler l'intimité des candidats.

La théorie du complot nous renseigne sur le pourquoi du comment. Habituez chacun à être filmé en permanence, de son propre chef, et dès demain on pourra installer des caméras de surveillance dans toutes les rues de France. Alarmiste, mais tellement symptomatique et révélateur des mauvaises habitudes que la télévision nous fait parfois emprunter...

Le côté voyeur se retrouve assurément dans l'objet même de l'émission : découvrir des secrets, c'est-à-dire quelque chose caché volontairement, qui a pour essence de ne pas être révélé. Mettons-le en lumière et alors le secret disparaît. Pour toujours. On pourrait s'attendre aux pires choses : "j'ai tenté de me suicider, mais ne l'ait jamais dit", "j'ai craché dans ton hamburger lorsque tu avais le dos tourné", "j'utilise mon réfrigérateur pour cacher de la chair humaine", "Luke, je suis ton père". Mais finalement, et heureusement, le sujet même de ce programme est fictif. Il est question de tout sauf de secret. Il s'agit de secrets pour les téléspectateurs et pour les autres participants, mais pas de secrets réellement gardés dans la vie réelle.
Par exemple, les deux femmes belges, Samantha et Nathalie, qui ont comme secret d'être fiancées (la Belgique autorise le mariage homosexuel, contrairement à la France) ne se cachent pas dans leur vie, même si les mentalités sont encore bien rétrogrades.

Fesse Story ? Non, Secret Story !
Fesse Story ? Non, Secret Story !
D'autres types de secrets, non liés à l'évolution des moeurs, comme cet homme qui a une balle dans le crâne (Hayder), tiennent davantage de l'anecdote. Il souhaite peut-être ne pas parler de la façon dont cette balle est arrivée là, mais qu'elle soit là n'est pas honteux, ni même décalé. C'est davantage de l'étalage de foire.
Le même raisonnement s'applique sans hésiter à la femme dont le métier "secret" est d'embaumer les morts (a priori Isabelle). Pas assez sensationnel pour réveiller un mort ! (sic)

Beaucoup de bruit pour rien, et c'est tant mieux, on n'est jamais trop à l'aise quand un véritable jardin secret se dévoile.
On serait même plutôt tenté de penser que TF1 s'achète une certaine bonne conscience en proposant des secrets tournant autour de l'homosexualité et du mariage gay, une façon comme une autre de laisser penser que la chaîne est avant-gardiste, ou, tout au moins, bien loin d'être vieux jeu.
On pourrait le croire... jusqu'à ce qu'on découvre le fameux secret de ce bourreau des coeurs : 780 conquêtes au compteur (a priori John-David). Existe-t-il un secret plus macho et vantard que celui-ci ?

Tout cela n'est donc qu'un prétexte à réitérer Loft Story en aiguillonnant le publie grâce à une mise en scène mystérieuse. Les secrets tombent trop vite : seuls les candidats et l'empathie qu'ils génèrent enchaînent les spectateurs à leurs téléviseurs.

Entre les montages vidéos sur des musiques flippantes et les effets de manche mystérieux, on est bien plus proche d'une mise en scène vulgaire que du dernier spectacle de Decouflé. Quant aux cadrages à l'aide de caméras fixées aux murs et aux plafonds… on en rigole encore. On pourrait se croire sur le service public après la suppression de la publicité.
Heureusement, le présentateur, Benjamin Castaldi, joue son rôle à merveille. Qui peut se vanter de parvenir à animer deux heures trente de prime-time alors même qu'il ne se passe rien ? Sincèrement, bravo pour cette performance.

Coucou
Coucou
La maison, elle aussi des plus mystérieuses (sur les films, on la voit s'animer, devenir vivante...), et tout aussi vulgaire (c'est tout juste si on n'entend pas retentir le rire gras de ses amis potaches) représente tout ce que le bon goût adore. Si Ikea propose tout un éventail de meubles colorés, ce n'est certainement pas pour oser tous les réunir dans une même pièce !
La maison est tellement facétieuse qu'elle a commencé par cacher les chambres. Ahaha. On en rigole encore (bis). À l'heure où le numérique remplace la bobine, on peut se permettre de rallonger la sauce au maximum, quitte à filmer n'importe quoi.

Cette seconde saison entamée de Secret Story risque, par la faiblesse des secrets proposés, par devenir un Loft Story bis avec son voyeurisme à outrance, son ennui profond et communicatif ainsi que son amateurisme flagrant.