L'année 2004-2005 a été une année vraiment prolifique aux Etats-Unis niveau séries. Ainsi, en moins d'un an les spectateurs américains ont pu découvrir coup sur coup plusieurs séries de qualité. Pour n'en citer que deux, certainement celles enregistrant les meilleures audiences : Desperates Housewives et Lost.
Si la première n'est pas encore arrivée d'outre-Atlantique, la deuxième, Lost - rebaptisée en français Lost : les disparus - débarque dès fin juin sur TF1. Pour l'occasion, la chaîne privée ne fait pas dans la demi mesure. Après le succès grandissant de CSI : les Experts et la popularité de Lost, TF1 a en effet décidé de diffuser la série en prime time, qui plus est un samedi soir. Une première si l'on met de côté la diffusion sporadique de CSI : les Experts Miami.
Lost met en scène un groupe de 48 rescapés d'un crash aérien sur une île déserte du Pacifique. Malheureusement, suite à un problème technique subi par l'avion, les secours recherchent les survivants et les restes de l'appareil à plusieurs milliers de kilomètres de son point de chute. Pour les survivants, la situation est claire, il va falloir survivre pendant quelque temps.
A première vue, le scénario de la série parait convenu et très classique, pourtant, il n'en est rien. Lost est une série inclassable, qui flirte entre différents genres. Si la série devait être classée dans une catégorie, contre toute attente à la vue du synopsis, Lost serait une série basée sur la psychologie des personnages. On est loin de l'histoire d'aventures que pouvaient présager les bandes-annonces. En effet, la série suit la vie de 14 des survivants du crash et leur évolution sur l'île. De manière quasi linéaire, chaque épisode va alors mettre en avant un des protagonistes qui va au fur et à mesure par l'intermédiaires de flash-back nous en apprendre plus sur sa vie passée, mais aussi pourquoi il était à bord de cet appareil en partance pour Los Angeles et surtout qu'il n'est peut être pas présent sur l'île par hasard. Cette linéarité dans la mise en scène est paradoxale car au final, chaque épisode innove, et fait avancer l'histoire. Si parfois l'intrigue piétine, ce n'est que pour mieux attiser la curiosité du spectateur qui tourne en rond à trouver un sens à cette histoire.
On l'a bien compris donc, les personnages occupent une position centrale dans l'histoire. C'est pourquoi il est normal que chacun des 14 héros soit très travaillé, que ce soit dans son passé, ses sentiments ou encore son caractère. Si au départ on peut penser que la plupart des personnages sont des caricatures, on se rend vite compte que ce n'est qu'un effet mis en place par le réalisateur pour mieux surprendre. Ainsi la figure de Jack, "le héros" par excellence, va vite s'effriter, tout comme l'image de Kate qui part en lambeau dès la fin de l'épisode 03.
J.J. AbracadaBRAMS
Dès la fin du pilote de la série, on comprend que celle-ci n'est pas à classer dans le même registre que Robinson Crusoë, Vendredi ou la vie sauvage, ou encore Seul au monde. En effet, Abrams puise allégrement dans cette littérature mais va aussi chercher dans d'autres genres totalement différents pour créer cet univers si dense et varié. Au final, Lost comprend une part importante de fantastique. Le bruit de la bête qui fait tomber les arbres à la fin de l'épisode 01 n'est pas sans rappeler Michael Crichton et son Jurassic park. Au fil des épisodes, les références s'accumulent, s'entremêlent mais sans que l'on puisse jamais crier au plagiat ou au manque d'imagination du créateur. J.J. Abrams arrive sans difficulté à créer une histoire unique, intense et surtout une intrigue intenable. Il est vivement conseillé de revisionner plusieurs fois les épisodes pour être sur de ne pas avoir raté un détail.
En outre, J.J. Abrams surprend une fois de plus par la diversité de ses sources et inspirations. La série est en effet parsemée de citations, noms et références d'auteurs comme Lewis, Locke, Rousseau, Orwell ou encore Shelley. Un vrai jeu de piste que d'essayer de tous les retrouver.
Une équipe Perdue...
Malheureusement devant tant d'idées et de références, face à une intrigue fouillée inimaginable, le spectateur se sent bien souvent perdu. Les retournements de situations sont courants, les théories tombent à l'eau à chaque fin d'épisode pour en amener une nouvelle à la durée de vie tout aussi limitée. Au final, on se demande si le créateur lui-même et son équipe savent bien où ils vont.
De plus, le succès de la série entraîne forcement un allongement de celle-ci. Ainsi, les scénaristes doivent faire des pieds et des mains pour prolonger l'histoire car contrairement à une série policière où il peut y avoir des épisodes à l'infini, Lost suit un scénario quasi fermé laissant peu de place à l'improvisation. Enfin espérons-le ! Certains éléments, en particulier les flash-back concernant les passés des protagonistes qui s'entrecoupent laissent présager que tout a bien été calculé.
... Mais efficace ?
Si J.J. Abrams est sans nul doute l'un des réalisateurs qui a le plus la cote en ce moment aux Etats-Unis (rappelons qu'il dirige Alias, Lost et planche actuellement sur le scénario de M:I:3 avec Tom Cruise), ce n'est pas pour rien. Outre le scénario, les séries de ce créateur en vogue sont réalisées avec brio. Ainsi, Lost comme tout succès américain ne doit pas sa réussite au hasard. Rien n'est laissé de côté, que ce soit au niveau de la réalisation impeccable, au budget plus proche d'un film que d'une série (10 millions de $ pour le pilote, un record !), qu'au niveau de la musique collant si bien à la série, tant au niveau des morceaux instrumentaux retranscrivant parfaitement la tension ou l'ambiance que des musiques à la mode écoutées par Hurley dans son walkman en fin d'épisode.
En conclusion, on peut tout d'abord dire que Lost ne laisse pas indifférent. Bien souvent on adhère complètement ou on n'apprécie pas. En outre, la série a le mérite d'innover et dans une certaine mesure de faire évoluer les séries vers une nouvelle ère. Comme 24 il y a quelques années, Lost va encore plus loin et rapproche d'une marche de plus le petit écran vers le grand.
Maintenant, il ne reste plus qu'à apprécier cette première saison, véritable ovni télévisuel, en particulier en France ; mais surtout à espérer que J.J. Abrams et son équipe ne vont pas tromper le spectateur et nous proposer une saison 2 finale qui se terminera avec toutes les clés pour comprendre les mystères de l'île... La réponse dans un an donc.
Djak []

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