Loot : amusant, décalé ? mais on a tout oublié
Trois ans que je regarde Loot, et je serais bien incapable de vous raconter la saison 2. Pas une intrigue, pas un épisode, rien. D'habitude j'ai plutôt bonne mémoire. C'est la série qui ne s'accroche à rien.
Le principe, pour ceux qui débarquent : Molly Wells (Maya Rudolph) divorce d'un magnat de la tech, ramasse quatre-vingt-sept milliards au passage et se rappelle soudain qu'elle possède une fondation caritative, oubliée depuis des lustres.
Elle débarque au bureau pour "aider", ce qui n'arrange personne, surtout pas Sofia (Michaela Jaé Rodriguez), la directrice qui s'en sortait très bien sans elle.
Autour, des employés fauchés, fascinés par le fric de la patronne. Et c'est tout, en fait. Toute la série tient là-dedans : une milliardaire lâchée chez les gagne-petit, et le rire qui sort du décalage, scène après scène, pendant trois saisons.
Le hic, c'est que Hubbard et Yang, deux gars qui viennent pourtant de la comédie américaine sérieuse, ont rendu Molly aussi cinglée que ses employés. Personne ne fait le personnage normal, alors le décalage n'a plus rien contre quoi se cogner et ça tourne à vide.
Booster me fait rire, lui, à tous les coups. Il joue Nicholas, l'assistant vaniteux et acteur raté persuadé d'être une star, et il rafle toutes les scènes où il apparaît. Le seul vrai truc qui me retient, franchement. Le reste de la bande, on la connaît par cœur au bout de deux épisodes : Howard le grand tendre fan de catch (Ron Funches), Arthur le comptable transi d'amour pour la patronne (Nat Faxon), Rhonda la collègue sans filtre. Personne ne bouge jamais. Molly non plus d'ailleurs, toujours aussi larguée dix épisodes plus tard, ce qui pour une héroïne de comédie qui dure finit par poser question.
La saison 3 (sur Apple TV+, automne 2025) sent le fond de tiroir, et pour donner le change elle s'agite dans tous les sens. Nicholas monte un faux crash d'avion, soi-disant pour la santé mentale de Molly ; elle se réveille sur une île, hésite entre Arthur et un jeune type, part en croisade contre les milliardaires (dont elle fait partie, mais passons) pendant que le FBI fouille la compta de la fondation. Il se passe plein de choses et aucune ne concerne vraiment le sujet de départ. La fondation, l'argent à distribuer, la satire des ultra-riches, tout ça s'est effacé derrière le "vont-ils finir ensemble" qu'on nous ressert depuis le pilote. Le season finale, c'est deux demandes en mariage coup sur coup, autant dire qu'on en est au même point qu'à l'épisode 1. C'est joliment filmé, lumière dorée de Californie, si ça peut consoler.
Une comédie chorale de ce genre ne survit qu'en se renouvelant, façon Arrested Development, en plus méchant et en plus dense. Loot ne se renouvelle pas, elle rejoue son pilote en boucle. La critique américaine adore, elle, cent pour cent d'avis positifs pour cette saison 3, mais bon, qu'est-ce que ça veut dire ?
Je l'ai regardée quand même, un épisode par-ci par-là, deux ou trois rires par soirée et tout oublié le lendemain. On peut sauter une saison entière et reprendre plus loin sans avoir rien raté.
Pas de saison 4 annoncée, et vu ce qui reste dans le réservoir, tant mieux pour tout le monde. Enfin, s'ils s'entêtent, qu'ils gardent au moins Booster.





