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Séries & TV Critique
Shrinking

Shrinking : la thérapie par la bande

Ne rétrécit pas au lavage.

Fiche technique →

Cette critique figure dans nos 4 étoiles et plus.

On a connu Harrison Ford en contrebandier de l'espace et en aventurier au fouet, plus prompt à dégainer qu'à faire des phrases. À plus de quatre-vingts ans, le voilà thérapeute dans une petite clinique de Pasadena (oui, Indiana Jones vous écoute parler de votre enfance), et c'est sans doute le rôle le plus drôle de sa carrière. Son personnage, Paul Rhoades, a un Parkinson qu'il cache, une fille qu'il a négligée, et un débit pince-sans-rire qui fait mouche à tous les coups. Qui aurait parié un kopeck sur ce timing comique ? Autant le dire tout de suite : Shrinking est une des plus belles choses qu'Apple ait mises en ligne.

Le point de départ tient en peu de mots. Jimmy (Jason Segel), psy lui aussi, vient de perdre sa femme et se laisse couler : alcool, nuits blanches, fille adolescente qu'il laisse grandir toute seule chez les voisins. Un jour, il décide de dire à ses patients ce qu'il pense vraiment, quitte à envoyer valser la déontologie et à héberger l'un d'eux dans son pool house. Sur le papier, ça ressemble à une comédie américaine de plus. Ce n'en est pas une.

Ce qui tient l'ensemble, saison après saison, c'est la bande. Une petite tribu qui se balance des vacheries le matin et se retrouve à pleurer ensemble le soir. Ils restent soudés quoi qu'il arrive, et pour cause : tout leur est déjà arrivé, ou presque. Deuil, divorce, maladie, trahison, addiction, ils ont fait le tour. C'est peut-être ça, une famille.

Le casting est une réussite de bout en bout, et aucun personnage n'est laissé creux. Gaby (Jessica Williams), la collègue solaire qui encaisse plus qu'elle ne le montre. Brian (Michael Urie), le meilleur ami avocat, gaffeur et tendre. Liz (Christa Miller), la voisine trop envahissante pour son propre bien, et son mari Derek (Ted McGinley), placide et loyal comme personne. Sean (Luke Tennie), le vétéran que la colère ronge et qui se reconstruit peu à peu. Et surtout Alice (Lukita Maxwell), l'ado en vrille qu'on regarde devenir adulte au fil des saisons, jusqu'à cette bourse de foot qui la fait quitter le nid. C'est elle qui change le plus, et c'est un des plaisirs d'une série qui dure : on voit les gens grandir.

En surface, chaque épisode déroule ses petites séances et ses chamailleries. Mais les vrais sujets sont là, en profondeur. Grace, une patiente que Jimmy pousse à quitter son mari violent, finit par le pousser, lui, du haut d'une falaise : d'un coup, plus personne ne rigole.
Louis, le chauffard ivre qui a tué la femme de Jimmy et qui vient demander pardon. Comment pardonner une chose pareille ? La série ne se défile pas devant la question et la traite avec sensibilité et parfois même humour.

On redoutait l'essoufflement, forcément. Une série qui carbure au deuil et aux bons sentiments, ça peut vite tourner en rond. Pourtant, au bout d'une trentaine d'épisodes et de trois saisons, elle ne faiblit pas.
La troisième saison repart même sur un versant dur, celui du Parkinson de Paul, qui s'aggrave, hallucinations comprises. Et Ford joue cette dégringolade sans jamais quémander la larme : la main qui tremble, l'orgueil qui refuse la canne, la peur qu'on devine sous la carrure. La série lui offre en écho Michael J. Fox.

Côté fabrication, rien d'étonnant : Bill Lawrence, l'auteur de la série, mélangeait déjà le rire et le chagrin du temps de Scrubs, et il fait la même chose, en mieux, avec Jason Segel et Brett Goldstein. Les trois saisons sont sur Apple TV+, la dernière ayant été diffusée du 28 janvier au 8 avril, un épisode par mercredi.

La réalisation, elle, est sobre et efficace, sans esbroufe. Ce sont l'écriture et les visages qui portent tout.

Tout n'est pas parfait pour autant. À force de vouloir que chacun se répare et finisse par s'aimer, la série appuie parfois un peu fort sur le feel good, et certains dénouements retombent en silence... On lui pardonne volontiers : elle ne prend jamais son spectateur pour un imbécile.

Alors ne jouons pas les mystérieux : cette série-là, on la suit sans hésiter, et si vous ne l'avez pas commencée, foncez, vous me remercierez. Reste une petite inquiétude. Chez les fidèles, tout le monde redoute que ça finisse mal.

On imagine sans peine une saison de plus, quelques années plus tard, après un nouveau drame, avec les survivants qui tenteront encore de faire leur deuil ensemble. Ce serait sans doute déchirant, et sans doute très juste aussi. Mais on a confiance, ce sera sans doute formidable.

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