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Séries & TV Critique
Tracker

Tracker saison 3 : on soupire, mais on regarde quand même

Prime à la routine

Fiche technique →

Colter Shaw rempile pour une troisième saison, ni meilleure ni pire que les deux premières : c'est précisément le problème. Et quand le fil rouge daigne enfin avancer, on en viendrait presque à regretter qu'il ait bougé…

Tracker, jusqu'à présent, c'était la machine bien huilée du dimanche soir américain : un disparu par semaine, une prime à la clé, et Justin Hartley qui sillonne le pays au volant de son pick-up. La série la plus regardée des États-Unis, rien de moins. Avec cette troisième saison, la plus longue de l'histoire de la série (22 épisodes, un record), rien ne déraille. C'est bien le reproche : la recette, on la connaît maintenant par cœur, et elle commence à se manger tiède.

Le postulat, rappelons-le : Colter Shaw, "survivaliste" élevé à la dure par un père paranoïaque, gagne sa vie en retrouvant des disparus contre récompense, un Colt Seavers (rappelez-vous, c'est l'homme qui tombe à pic) qui aurait troqué les cascades contre le camping-car. Sur le papier, pourquoi pas. À l'écran, la crédibilité tousse un peu : notre chasseur de primes est un humaniste, qui réclame son argent mais l'abandonne volontiers aux bonnes causes. Le même homme dégaine pourtant à la moindre contrariété et élimine ses adversaires sans que ça ne lui coupe l'appétit. Robin des bois côté pile, stand de tir côté face : le personnage ne semble pas voir la contradiction. 

Il faut dire que Colter dispose d'un atout que la vraie vie distribue rarement : un hacker au bout du fil, à toute heure. Savoir où se trouve quelqu'un ? Hop, hacking. Accéder à une caméra ? Hop, hacking. Tout s'obtient en une scène et un coup de téléphone. On espère franchement que ce n'est pas aussi facile dans la vie réelle. Ou alors il faudrait inciter la police à en faire autant : avec de tels outils techniques, on fermerait trois ou quatre affaires par jour.

Côté casting, la saison a fait le grand ménage : Velma, Bobby et Teddi sont partis, remplacés au pied levé (Randy à la technique, Reenie promue à peu près partout). Aucun souci de ce côté-là, les nouveaux ne sont ni meilleurs ni pires que les anciens : l'équipe de soutien n'a jamais été le sujet. Le sujet, c'est Colter, et Colter stagne. Trois saisons que l'homme encaisse les mêmes traumatismes d'enfance en flash-back, avec le même froncement de sourcils. Justin Hartley fait le travail, sans grand-chose de neuf à jouer.

Restait le fil rouge : la mort du père Shaw, mystère fondateur que la série fait traîner depuis le pilote. Deux saisons sans avancer d'un pouce, on avait fini par en prendre notre parti. Cette fois ça bouge enfin... et on le regrette presque : sur les derniers épisodes, la mythologie familiale prend un virage paranormal qui emporte le peu de crédibilité que le feuilleton s'était gardé. Vouloir jouer aux X-Files quand on est calibré pour le prime-time du dimanche, il fallait oser.

La fabrication, elle, reste propre et carrée, ce n'est pas le sujet non plus. Et le succès ne se dément pas : toujours en tête des audiences américaines, la série est déjà commandée pour une quatrième saison. En France, Disney+ égrène les épisodes semaine après semaine depuis la mi-décembre ; le final de saison arrive ces jours-ci.

Pour qui, alors ? Pour les fidèles qui aiment leur routine ou pour ceux qui comme moi, font des concessions et ne choisissent pas toujours le programme. Je rempilerai en saison 4, en simple spectateur.

Tracker est à la limite du plaisir coupable, à la limite du feuilleton : on soupire, et on regarde quand même. Espérons seulement que d'ici là, les scénaristes feront redescendre la famille Shaw sur terre : un bon vieux mystère à hauteur d'homme nous suffisait très bien...

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