7/10Supernatural - Saisons 1 à 3

/ Critique - écrit par riffhifi, le 31/12/2008
Notre verdict : 7/10 - Hell est trop bien (Ecrivez votre critique)

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Les frères Winchester traquent les démons dans l'espoir de venger leur mère. Un feuilleton haletant mais un brin répétitif, une sorte de X-files allégé en matière grise.

En 2004, tout en écrivant le scénario du film d'horreur Boogeyman, le jeune Eric Kripke (30 ans) développe une série que CW lui donne vite l'opportunité de produire. Le titre est vague mais efficace : Supernatural... Avec son duo d'enquêteurs spécialisés dans le paranormal, la série s'impose rapidement comme une sorte d'équivalent à la défunte X-files, drainant sans peine un public de fidèles happés par le suspense et les mystères ; on trouve d'ailleurs au générique plusieurs réalisateurs précédemment attachés à la série de Chris Carter (David Nutter, Kim Manners).

Dans le pilote, Sam Winchester (Jared Padalecki) tente de faire des études de droit et d'oublier sa jeunesse de chasseur aux côtés de son père (Jeffrey Dean Morgan) et de son grand frère Dean (Jensen Ackles). Chasseur de quoi ? Mais de démons bien sûr, en une croisade désespérée pour retrouver celui qui a fait la peau de Maman vingt ans plus tôt. Et c'est sur cette même piste que Dean vient relancer Sam lorsque leur père disparaît soudainement. Après une hésitation, Sam accepte
d'autant plus volontiers que sa propre copine vient d'être occise par la créature... Une fois partis sur la route de la chasse dans leur vieille bagnole boostée au rock des années 70-80, les deux frangins auront bien entendu de multiples obstacles à surmonter. Et Sam ne cessera jamais d'interdire qu'on l'appelle "Sammy", probablement de peur qu'on le confonde avec son confrère chasseur de monstres, le pote de Scoubidou.

La première saison, axée autour de la recherche du père disparu, est surtout le théâtre d'un défilé de monstres pittoresques : fantômes, légendes urbaines prises au pied de la lettre (Bloody Mary, le Wendigo)... La série en profite pour affirmer son style carré bien efficace, basé sur un duo-vedette charismatique, une bande originale pleine de standards hard-rock rétros, une photographie joliment contrastée (qui perdra malheureusement une partie de son cachet dans les saisons suivantes) et un goût pour le fantastique qui n'exclut ni le pragmatisme (les héros résolvent pas mal de cas à coups de grosses pétoires) ni l'autoparodie (les clins d'œil à X-files ou Ghostbusters ne se cachent pas pour fleurir). Les effets spéciaux sont sérieux, rentre-dedans et l'ambiance sait se faire tendue sans pour autant mettre les nerfs complètement en pelote. Malgré (ou grâce à) sa grande simplicité, cette première saison reste sans doute la meilleure à ce jour, et la relation entre les deux frères s'y révèle aussi subtile que jubilatoire.

Arrivé en deuxième année, Supernatural a un peu plus de mal à garder son souffle ; Kripke recentre l'intrigue sur la lutte anti-démons, introduit de nouveaux personnages issus du passé de John Winchester (quel patronyme, quand on y pense - mais pas plus absurde que Magnum) : Bobby Singer (clin d'œil probable au co-producteur et réalisateur Robert Singer), la mère et la fille Harvelle, le chasseur Super naturels
Super naturels
de vampires Gordon Walker... La série reste prenante, mais se fait un peu répétitive, et se tourne vers quelques subterfuges usés pour aérer son propos : l'épisode "raconté par", l'épisode "sur un plateau de tournage" (avec un kolossal clin d'œil au réalisateur McG, coproducteur avec Kripke et Singer), l'épisode "spécial Noël" (A very supernatural Christmas) ou encore l'épisode "un jour sans fin" (Mystery spot) n'empêchent pas de humer un petit manque d'inspiration occasionnel. La meilleure idée développée après la saison 1, c'est la notion progressivement distillée que les démons et autres créatures de la nuit ne sont peut-être pas aussi primitivement mauvais que l'on peut le supposer ; en les présentant comme un peuple composé d'individus, la série parvient à cultiver le doute, à titiller quelques questions judicieuses sur les a-prioris et les idées préconçues qui guident la plupart de nos vies. Les tribulations des frères Winchester les amènent également à effleurer quelques sujets vraiment existentiels, qui se retrouvent heureusement noyés sous le rock et le casting sexy qui font l'attrait de Supernatural. On se demande néanmoins combien de temps la série pourra tenir sur la seule sympathie que suscitent ses deux interprètes principaux ; la troisième saison a "bénéficié" de la grève des scénaristes (16 épisodes au lieu de 22), mais la quatrième tiendra-t-elle encore la route ?...