Au départ, The Boys changeait vraiment des séries de super-héros : irrévérencieuse, iconoclaste et pleine de bonnes idées. Cinq saisons plus tard, le mélange gore et super-héros fait toujours quelques étincelles, mais la surenchère a depuis longtemps remplacé la surprise…
Lorsque The Boys débarque en 2019, les super-héros ont déjà envahi les écrans. La série d’Eric Kripke, adaptée des comics de Garth Ennis et Darick Robertson, arrive avec une proposition simple : sous les capes, les sourires publicitaires et les discours bien propres, les surhommes sont aussi corrompus que ceux qu’ils dominent. Hughie Campbell (Jack Quaid), jeune homme plutôt ordinaire, l’apprend lorsqu’A-Train pulvérise sa petite amie. Billy Butcher (Karl Urban), brute obstinée qui a quelques comptes à régler, l’embarque alors dans sa guerre contre les Sept et leur propriétaire, Vought.
- 5 saisons
- 40 épisodes
- 2019-2026 sur Prime Video
La première saison fonctionne diablement bien. The Boys est violente, vulgaire et franchement gore, mais cette violence raconte encore quelque chose. Elle fait voler en morceaux l’image du héros sans peur et sans reproche, attaque le marketing, les médias, la religion spectacle et les grandes entreprises qui vendraient leur propre mère si le produit dérivé était rentable. Le mélange fait des étincelles. Et face à Butcher, le Protecteur (Antony Starr), demi-dieu souriant qui menace de craquer à chaque seconde, donne à l’ensemble un danger que l’on ne trouvait plus beaucoup chez les justiciers en collants.

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Autour d’eux, Starlight (Erin Moriarty) découvre l’envers du décor, Mother’s Milk (Laz Alonso) tente de conserver un peu de raison, tandis que Frenchie (Tomer Capone) et Kimiko (Karen Fukuhara) forment le tandem cabossé de la bande. Il y a du monde, parfois trop, mais les personnages ont d’abord assez de relief pour que l’on enchaîne les épisodes. La réalisation est efficace et laisse le rouge arroser copieusement l’écran sans que l’on perde le fil.
Mais une fois la surprise passée, chaque nouvelle saison doit aller plus loin que la précédente. Plus de sang. Plus de sexe. Plus de corps qui explosent et de situations destinées à faire lever un sourcil. Ce qui était iconoclaste devient peu à peu une recette, puis une habitude. Après avoir poussé une première fois tous les boutons, les scénaristes semblent ne plus pouvoir que les pousser plus fort, ce qui ne change pas grand-chose mais salit davantage le mur.
Au fil des saisons, la série se rapproche ainsi du programme pour adolescents qui cherchent une transgression clé en main. C’est vulgaire, c’est violent, c’est trop, et cela n’ajoute bientôt plus grand-chose au propos. La satire politique, commerciale et médiatique reste parfaitement visible, si visible même qu’elle finit par surligner ce que l’on avait compris depuis longtemps. The Boys ne manque pas de sujets. Elle manque de souffle.

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Tout n’est pas à jeter pour autant. Le casting continue à s’amuser, Antony Starr demeure inquiétant et quelques scènes retrouvent encore la méchanceté assez jubilatoire des débuts. On regarde, on attend le prochain affrontement et la série sait terminer un épisode de manière à lancer le suivant. Seulement, on ne se demande plus ce qu’elle va oser raconter. On se demande surtout quelle nouvelle horreur elle va montrer.
Finalement, The Boys restera une série importante pour la façon dont elle a dynamité le super-héros industriel au moment où celui-ci régnait sur les écrans. Ses premières saisons méritent vraiment d’être suivies. Aller jusqu’au bout demande davantage de fidélité, ou une solide tolérance aux projections de tripes. On pourra continuer à recommander la découverte, mais sans prétendre que les Boys avaient encore cinq saisons de choses nouvelles à dire.

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