Stargate SG-1 et Stargate Atlantis ne sont plus, vive Stargate Universe ! Ce n'est certainement pas ce que se sont écriés les fans de la franchise en découvrant les premiers éléments de ce nouveau spin-off, et je pense qu'ils doivent être encore en train de râler. Universe s'annonce en effet comme la résultante d'une ambition démesurée : modifier les caractéristiques de la série, afficher un côté plus mature, et approfondir les relations entre des personnages qui n'avaient pas grand chose pour exister, à la base. Un cahier des charges difficile à remplir, surtout sans décevoir les amateurs de Stargate, mais qui aboutit sur une série moderne et non dénuée d'un intérêt certain.
Au terme d'efforts acharnés, Eli Wallace parvient à résoudre un problème mathématique d'une incroyable complexité planqué dans un jeu vidéo. Cette équation se révèle être l'un des principales difficultés du docteur Nicolas Rush (Robert Carlyle) pour faire fonctionner le neuvième chevron de la porte des étoiles. Eli est recruté par le SGC et envoyé en compagnie de Rush sur une planète très lointaine pour participer au projet Icarus, celui-ci étant centré sur ce fameux neuvième chevron. Peu de temps après, trois vaisseaux de l'alliance Lucienne attaquent la base, et le colonel Everett Young est contraint de procéder à une évacuation. Dans le feu de l'action, Eli et Rush parviennent à composer une adresse à neuf chevrons sur la porte des étoiles, ce qui permet aux occupants de la base de s'échapper. Ils atterrissent sur un gigantesque vaisseau ancien, perdu au fin fond de l'espace, et sans aucune possibilité de le contrôler. Bientôt, les premiers problèmes se présentent : l'air, l'eau, la nourriture, et le conflit...

Le changement de ton a de quoi étourdir, les premiers instants. Stargate (SG-1 et Atlantis) était une série de science-fiction légère, superficielle, où l'humour et l'héroïsme se battaient en duel à chaque épisode, où les relations entre personnages étaient réduites à leur strict minimum, et où les conflits d'intérêt politiques ne se pointaient que trop rarement. Universe, lui, a d'autres chats à fouetter. Sa problématique est facile à expliciter : que pourrait-il se passer si une centaine de personnes, militaires et civiles, se retrouvaient complètement isolées du monde auquel ils appartiennent ? Les gens coincés sur le vaisseau Destinée ont autre chose en tête que l'avancée technologique ou le sauvetage de la galaxie, ils doivent avant tout assurer leur propre survie, puis trouver un moyen de rentrer à la maison. De ces deux problèmes vont en découler évidemment un paquet d'autres...
Et le premier d'entre eux sera évidemment la relation entre militaires et civils. Si la série prend dès le début l'initiative de donner à l'armée le contrôle du vaisseau, leurs homologues extérieurs n'hésiteront pas à exprimer leur mécontentement et parfois même à se rebeller contre l'autorité du colonel Young (E12 - Divided). Pour notre part, il est difficile de prendre parti, les deux points de vue étant évidemment défendables, et chaque représentant est sympathique à sa manière. Sur ce terrain, Universe innove par rapport au contexte de la franchise, mais reste dans les sentiers battus de ce genre de problématique (on se rappelle bien sûr de Battlestar Galactica) - à ceci près que les luttes de pouvoir mèneront à certaines extrémités qu'il est inhabituel de voir dans une série Stargate (E10 - Justice).

Ce sont inévitablement les personnages qui animent les conflits, chacun présentant un caractère bien trempé. Entre le colonel Young et son pragmatisme militaire, le sergent Greer et son sang-froid instable, Nicolas Rush et son arrogance scientifique, Camille Wray et son anti-militarisme à peine dissimulée, il y aura fort à faire pour que les brebis égarés aillent dans le même sens. Nous ne sommes pas dans une situation méchants / gentils, chaque personnage a son propre état d'esprit et cherche à s'en sortir, d'une manière qui ne convient pas forcément à tout le monde. L'épisode Faith (E13), par exemple, révèle une singularité au sein des survivants, une autre facette possible de la survie. La franchise gagne des points sur cet aspect : ses personnages ont toujours été bien trop lisses malgré quelques débordements, Universe en fait son cheval de bataille. Et son triangle amoureux a bien plus de consistance que le triptyque Rodney McKay / Jennifer Keller / Ronon Dex de Stargate Atlantis - sans parler de SG-1, la moitié de l'univers tombait amoureux de Carter. On pourra pester contre le vide d'intérêt de certains personnages (Chloé en est un exemple), et la mise en avant des militaires, mais dans l'ensemble, leur utilisation est suffisamment bien gérée pour les rendre attachants.

Certains thèmes de la franchise reviennent immanquablement, même si la porte des étoiles est presque mise au placard. On nous parle d'hyper-propulsion, de boucliers, d'énergie, à côté de besoins plus primaires : nourriture et eau. Des épisodes comme Time (E08) ou comme Pain (E17) ont comme des airs de déjà vu, même si leur construction et leur dénouement ont un peu plus d'originalité que par le passé. Egalement, Universe cherche à sortir de temps en temps de son contexte, en étendant le patrimoine des personnages à leurs familles, via les pierres de communication anciennes - des épisodes souvent moyen, mais qui ont l'avantage de donner quelques informations supplémentaires sur les personnages, et de les enrichir du même coup.
L'épisode qui frappe le plus est certainement Lost (E15) aux 2/3 de la saison. Celui-ci alimente un suspense constant que l'on croit déjà joué d'avance, et se termine d'une très belle façon. A cet instant, on pense que Universe a franchi le pas, qu'elle pourra être une série d'exception, un espoir très vite annihilé par l'épisode suivant (E16 - Sabotage) qui réfute entièrement le parti pris de l'épisode précédent. Dommage. Si bien qu'en fin de compte, et malgré la présence d'intrigues secondaires qui voyagent d'épisode en épisode, on en revient au morcellement habituel, et chaque épisode pourrait se voir indépendamment si l'on est pas trop regardant, les plus importants étant Air (E01 - 02 - 03, début de la série), Justice (E10, mi-saison), et le double final Incursion (E19 - 20, fin de saison). A noter, un seul épisode comporte une race extraterrestre : Space (E11).
Il faut toutefois saluer l'effort et se dire que la série se démarque suffisamment des précédentes pour se constituer sa propre identité. Les scénaristes tentent quelques prises de risques ici et là, mais ne vont jamais au bout de leurs idées - par peur de la nouveauté ? Voilà quelque chose à corriger pour la deuxième saison, déjà annoncée. En attendant, Universe se présente comme une œuvre assez solide de science-fiction, et pourrait apporter du plaisir à tout ceux qui n'ont pas apprécié SG-1 et Atlantis.

Nicolas []

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