9/10Dexter - Saison 1

/ Critique - écrit par JC, le 21/11/2006
Notre verdict : 9/10 - Mortel ! (Ecrivez votre critique)

Tags : dexter saison tueur episode debra camion morgan

Il est des choses à côté desquelles on ne peut pas passer. Si on aime les séries tv, Dexter en fait partie. Glaçante et jouissive, c'est LA meilleure série de 2006.

« Ce soir, c'est le grand soir. Et ça va arriver, encore et encore... Il faut que ça arrive. Belle nuit. Miami est une ville formidable. J'adore la nourriture cubaine. Les sandwiches au porc. Mes préférés. Mais pour l'heure, j'ai faim d'autre chose. Le voilà... »


En août 2005, on quittait Michael C. Hall embaumeur chez Fisher & Sons au terme de cinq années mémorables dans le rôle de David Fisher dans le (n'ayons pas peur des mots) meilleur drama jamais créé,
Six Feet Under. En cette rentrée 2006, le comédien revient à la télévision, toujours dans un rôle en lien avec la mort : Dexter Morgan, le tueur de tueurs.

Dexter Morgan, portrait d'un serial-killer

Dexter ne collectionne pas les timbres
Dexter ne collectionne pas les timbres
(© Showtime)
La Grande Faucheuse a un nouveau visage en la personne de Dexter Morgan. Moins glamour et moins gaffeur que la précédente incarnation de la Mort, Georgia "George" Lass, de Dead Like Me, Dexter est expert médico-légal en taches de sang à Miami (Floride). Il a la trentaine, 12 ans de service et un peu plus de 2.100 affaires à son actif. Enfin, ça c'est son travail de jour ; la nuit, il dépèce des gens. La mort est son métier, et son hobby. C'est « un monstre très soigné » qui « ne rate jamais un bain de sang », comme il aime à le plaisanter. Plus que ça, c'est un sociopathe incapable d'éprouver le moindre sentiment hormis l'admiration face au travail d'un autre. C'est vrai, on peut toujours trouver de bonnes idées chez les autres.

Il a une petite amie, Rita, presque « aussi abîmée que [lui] ». Ex-femme d'un junky violent en prison, elle le fréquente platoniquement depuis six mois. Les deux enfants de Rita adorent Dexter et s'« [il avait] un coeur, il pourrait fondre » devant tant d'affection. Il a également une famille, ou du moins ce qu'il en reste : Debra sa soeur, qui travaille dans la police elle aussi. Il l'apprécie plutôt, et s'« [il] pouvait éprouver le moindre sentiment, [il] en aurait pour Deb » . Quid de leurs parents ? Morts, et Dexter jure de ne pas les avoir tués, ce qui est vrai.

D'ailleurs, Dexter appréciait son policier de père. C'est ce dernier qui s'est aperçu des besoins d'un fils adoptif au parcours somme toute classique : d'abord les animaux puis l'envie de se mesurer à quelque chose de plus gros. C'est grâce à lui que Dexter est parvenu à canaliser ses pulsions homicides, en l'emmenant chasser puis en le laissant achever le gibier d'un coup de couteau. Véritable papa gâteau, il lui a montré la voie pour taper dans la catégorie supérieure, mais pas n'importe comment, en ciblant ceux qui méritent d'être puni, ceux que la machine judiciaire n'est pas parvenue à enrayer. Papa Morgan lui a aussi appris à couvrir ses traces. Maintenant Dexter mène une vie paisible de coquille vide qui « flotte à la surface de sa propre vie » avec « l'impression de louper une pièce essentielle du puzzle humain » en classant méthodiquement sa collection de plaquettes contenant une tache de sang de ses victimes. Cela jusqu'à ce que "le tueur au camion frigorifique", qui connaît sa vraie nature, décide de jouer à un petit jeu avec lui.

« Dommage, ça ne m'a jamais réjoui de faire une veuve »

Les tueurs en série sont bankables. Leurs méfaits parlent directement à l'oreille perverse de l'être humain, facilement fasciné par ces gens semblables à lui en surface mais tellement dysfonctionnels en réalité. La littérature et le cinéma se sont emparés du phénomène depuis un moment. American Psycho, Le Parfum, Se7en, Le Silence des agneaux, Henry, portrait of a serial killer et Zodiac, prochainement, sont autant d'oeuvres qui ont embrassées ce thème dans une étreinte morbide.

Dexter confronté à ses tourments
Dexter confronté à ses tourments (© Showtime)
Avec Dexter, le tueur en série fait son entrée sur le devant de la scène télévisuelle. Après avoir été maintes fois traqué par des limiers cathodiques, le grand méchant loup s'émancipe et devient personnage principal d'une série tv. Tiré du roman Ce cher Dexter de Jeff Lindsay (Ed. Seuil, 2005), la série raconte la vie d'un sociopathe tentant de simuler au mieux une normalité tout en consommant son désir de meurtres.

Dexter marque son premier point par la composition de Michael C. Hall. Tout simplement magistral, l'acteur suinte l'Emmy Award comme son personnage transpire l'ambiguïté. L'acteur américain est passé de l'homo contrarié de Six Feet Under au prédateur exalté avec une grâce déconcertante. On perd le sens du mot « moralité« confronté à son personnage. Dexter Morgan n'a en effet rien du tueur en série classique. Au contraire, il a vécu confortablement dans une cellule familiale saine avec, qui plus est, un père qui a su lui apprendre à tuer "équitable". Chaque fois qu'il applique ses méthodes, le plaisir est jubilatoire. Du recueil de preuves à la sentence finale, l'humour noir de Dexter, ses manies et ses remises en questions provoquent un effet boeuf. Même si Dexter Morgan tente de « rétablir l'ordre du monde », l'approche psychologique touffue du personnage évite brillement le basique "oeil pour oeil, dents pour dents" pour le laisser marcher dans les pas des grands héros torturés du petit écran que sont Jack Bauer ou Vic Mackey.

« Frère, ami, petit ami, tous font partie de ma collection de déguisement »

Dexter, star incontestée de l'année
Dexter, star incontestée de l'année (© Showtime)
Si Michael C. Hall est pour beaucoup dans la qualité de la série à ce point de la diffusion, il n'en est heureusement pas le seul élément positif. Car plus que s'intéresser à la vie d'un tueur en série à problèmes, Dexter livre une gigantesque métaphore du "masque". D'abord celui que revêt Dexter Morgan dans la vie de tous les jours pour feindre son statut d'être humain, mais avant tout celui que chacun porte en permanence pour voiler les apparences. Cette idée transparaît à travers la farandole de personnages mis en place, du sergent James Doakes, dur mais fragile, d'Angel qui clame qu'il nourrit sa femme à « la pasión » alors qu'il en est séparé, de la petite amie en détresse mais déglingo en réalité, jusqu'au cadre : Miami la vicieuse. Derrière le clinquant, la ville de Floride a l'odeur rance de la pourriture. Déjà stigmatisée dans de nombreuses oeuvres audiovisuelles telles que Miami Vice, Scarface de Brian De Palma, Les Experts : Miami et, avec beaucoup de brio, Nip/Tuck, elle a la beauté extérieure d'un mannequin sur un derme putride

Mis à part ce décor où les rythmes cubains s'invitent parfois sur les scènes d'exécution, la réalisation donne dans le haut niveau et HBO devrait bien faire attention à sa concurrente Showtime. L'ambiance est diablement crasse et les plans de nuit diaboliquement ajustés. N'oublions pas le générique qui allie maîtrise visuelle et trouvailles malignes en condensant en quelques gestes d'un réveil ordinaire tout le rapport complexe de Dexter à l'hémoglobine. Dans son déroulement, la série parvient à se jouer avec classe de deux pièges narratifs devenus sur-utilisés : la voix-off et le flash-back. La première permet de capter la profondeur des tourments de Dexter tandis que le second éclaire au mieux le passé maladroit de l'antihéros, lesquels renforcent l'attachement à un personnage si difficile à apprécier de prime abord.

Une maîtrise de la forme et du fond qui amène à une seule conclusion possible : Dexter est la meilleure nouvelle série de la saison 2006/2007. Les Américains ne s'y sont pas trompés, la série est en effet passée de 603.000 à 1,1 million de téléspectateurs (+82,4%) entre le premier épisode et l'épilogue. Michael C. Hall est, lui, cité dans la catégorie meilleur acteur dans un drama aux Golden Globes. Enfin, vous avez vu cette note là-haut ?

En attendant l'arrivée de la saison 2 de Dexter sur Showtime la rentrée prochaine, la série arrivera sur Canal+ en début d'année 2007, puis sur TF1. Croisons les doigts pour que la chaîne cryptée nous gratifie d'une diffusion tard la nuit, et en v.o., question d'ambiance.


« J'aime être sûr. Je le suis en général pour ces choses-là. "Sois préparé..." C'est ma devise. C'est mon point commun avec les Scouts. Bien sûr, il n'y aura pas de médaille du mérite pour l'excursion de ce soir ».