9.5/10Dexter - Saison 2

/ Critique - écrit par JC, le 13/12/2007
Notre verdict : 9.5/10 - Requiem for Demonic Dexter (Ecrivez votre critique)

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La grève des scénaristes peut bien durer mille ans... On se sera délecté des douze épisodes d'un thriller psychologique devenu encore meilleur que la saison passée.

La grève des scénaristes... Franchement peanuts. C'est vrai, on sait que la saison 2 de Dexter est d'ores et déjà bouclée. Le conflit peut s'enliser, la mire s'afficher, la Terre s'arrêter, on se sera délecté jusqu'au bout de douze épisodes d'un thriller psychologique devenu encore meilleur que la saison passée.

« Nothing stays buried forever »

○ Showtime Networks
(© 2007 Showtime Networks)
Ce n'était pas gagné pourtant. Au terme de la
saison 1, la série paraissait avoir tout dit. Dexter Morgan, expert médico-légal le jour et tueur de tueurs la nuit, s'était débarrassé de sa Némésis. Le justicier de l'ombre semblait avoir appliqué le même traitement à ses soucis qu'aux restes de ses victimes : emballés dans des sacs plastiques et jetés au fond de la baie de Miami. Il n'avait plus qu'à repartir à la chasse aux criminels impunis, comme dans le deuxième livre de Jeff Lindsay. Mais les scénaristes de la série ont eu la bonne idée de ne pas suivre cette voie pour bâtir de nouvelles bases.

On retrouve ainsi un Dexter ressorti traumatisé de sa lutte fratricide avec l'"Ice Truck Killer". Devenu impuissant, en panne d'inspiration, sa conscience remonte à la surface. Le masque se disloque, les émotions apparaissent. Et un événement de marque fait battre son cœur pour la première fois.

« I remember when life was easy. When the only question I worried about was "who's next?" »

L'étau se resserre alors autour de ce cher Dexter. Placer le personnage sur la corde raide se révèle une délicieuse idée. Cette dernière permet d'explorer davantage les facettes d'un personnage à l'éclat de tache de sang sur l'immaculée moralité. Profondément enfouie, l'humanité du sociopathe nous éclate au visage et sillonne les traits de Michael C. Hall. Comme l'an dernier, l'acteur livre une performance rare. Acculé, menacé, il louvoie entre l'animal blessé et le prédateur féroce. Et nous visse littéralement au fauteuil, interdits, ahuris, au nirvana, à l'image des dernières minutes du troisième épisode où Dexter, au détour d'un monologue fou, met des mots sur sa dépendance et introduit le concept de Passager Noir, cher à la série littéraire originale.

○ Showtime Networks
(© 2007 Showtime Networks)
Une interprétation qui mérite un Emmy Award ou un Golden Globe tant elle soutient les propos des scénaristes. Car ceux-ci sont allés encore plus loin en matière de richesse psychologique. Les tréfonds des sentiments de Dexter sont explorés ici jusqu'à la lie. La série entrelace les pulsions de mort, d'autoconservation et de plaisir du tueur en série. Elle navigue de plain-pied et avec éclat entre le drame oedipien, la construction d'une identité morcelée, la culpabilité, l'attachement aux autres, les réflexions sur la peine de mort et bien sûr les notions de Bien et de Mal. On en sort le cerveau vidé, essoré après une cascade d'émotions contradictoires, coupable d'avoir ressenti de l'empathie, voire de la sympathie, pour un héros qui prend son pied à dépecer les autres et se plaît à nous retourner notre reflet sombre tel un miroir.

La saison 2 de Dexter est une série psychologique de haute volée mais c'est également un thriller glacial porté par la musique maléfique de Daniel Licht. Afin de ne pas gâcher l'intrigue, on laissera de côté les détails mais sachez que Dexter Morgan vit une réelle menace cette saison. Au point de ressentir le besoin impérieux d'enclencher la touche pause pour respirer, dégourdir ses jambes et évacuer la tension. Une chose très rare et pourtant commune en regardant Dexter saison 2. Un remède parfait contre le réchauffement climatique qui filera des sueurs froides au plus frigide des esquimaux.

« I lied to everyone I know. Except my victims - right before I killed them »

Au milieu d'une profusion de nouvelles séries plus ternes les unes que les autres, le retour de Dexter prolonge le plaisir coupable éprouvé la saison précédente. Modèle de thriller psychologique, mettant en scène un des personnages les mieux écrits de l'histoire cathodique, cette saison 2 a su éviter le piège de la surenchère facile pour prendre un contre-pied salvateur et inédit. Même si l'on voit, comme l'an dernier, la résolution arriver, cela importe peu tant le voyage macabre s'apparente à un grand-huit émotionnel. Au final, tout ce qu'on attend est septembre 2008 pour une troisième saison du même acabit. Et d'ici là, on espère quand même que les scénaristes américains auront repris le travail...



« Am I evil? Am I good? I'm done asking those questions. I don't have the answers. Does anyone? »