7.5/10Dexter - Saison 3

/ Critique - écrit par hiddenplace, le 16/01/2009
Notre verdict : 7.5/10 - Dexter-minant (Ecrivez votre critique)

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La saison 3 de notre tueur en série préféré apporte son lot de nouveaux questionnements, un nouveau copinage et un nouveau statut. Mais moins de surprises que précédemment, dommage.

Dexter Morgan (Michael C. Hall, égal à lui-même) : le paradoxe incarné. Personnage ambivalent, déstabilisant, séduisant à l’image de la figure de prédateur qu’il incarne, porte également en lui la mine attachante du frère ou du fils prodige que l’on voit grandir avec des yeux presque attendris. Voilà déjà deux saisons que l’on a appris à connaître ce médecin légiste trentenaire, assigné à la police criminelle en tant qu’expert en taches de sang. Voilà deux saisons que l’on s’est habitué à son comportement pour le moins polémique : avide d’assouvir sa pulsion inexpugnable, celle de tuer pour se sentir « vivant », Dexter découpe les tueurs récidivistes, ceux qui parviennent à échapper au système judiciaire, et y prend un plaisir infini.

Tout au long de la saison 2, Dexter rencontrait une situation, et surtout un personnage le mettant en porte à faux de son métier, de sa famille, de sa petite amie, et de son statut d’intouchable. Au terme de cette saison, Dexter revenait d’une certaine manière à la case départ, celle du solitaire enfermé avec soulagement dans son secret.


Nous voilà plongés dans une nouvelle saison, qui apporte également au tueur un nouveau statut personnel, un nouvel environnement, tout en mettant en péril certains acquis des premières aventures. Pour nous remettre dans le contexte : lors d’une de ses traques nocturnes de routine,  Dexter tue accidentellement un homme innocent, qui s’avère être de surcroît  le frère d’un homme de pouvoir, le procureur Miguel Prado (Jimmy Smits, déjà aperçu dans la récente trilogie de Star Wars). Amené par un concours de circonstances à découvrir l’impressionnant secret de Dexter, mais ignorant qu’il est à l’origine de son deuil, Miguel semble entrevoir en notre protagoniste un sauveur de l’humanité. De fil en épisode, Dexter tisse un lien d’amitié à la fois nouveau pour lui, et apparemment fort avec Miguel.

Malgré l’intrigue transversale fondée sur le mystère Freebo et l’enquête sur le dépeceur (nouveau psychopathe en lice pour rivaliser avec Dexter), ne nous cachons rien, toute la trame de cette saison repose sur cette étrange relation, faite de contradictions, d’intérêts personnels, de recherche de salut et de normalité à la fois pour notre amateur d’hémoglobine et pour ce procureur pas tout à fait irréprochable. A cela s’ajoutent deux nouveaux changements déterminants dans l’existence de Dexter, qui bouleversent à nouveau le difficile rapport qu’il entretient avec la Vie et la Mort, et qui remettront en question son organisation et son emploi du temps si particuliers. Le personnage de Miguel, incarné avec nuance et conviction par Jimmy Smits, est d’ailleurs constamment sur le fil, offrant des atours complexes, et un visage tour à tour avenant et antipathique. De par sa fonction très politique, il entre lui aussi parfaitement dans le moule qui caractérise l’esprit de la série : le jeu de l’apparence, du masque. Et la principale question que se pose Dexter, et nous à travers lui, c’est : « jusqu’où peut-on faire confiance à Miguel ? » La saison entière dépeint le portrait d’un Dexter qui évolue au côté de (ou à travers) son nouvel "alter ego", pas tout à fait, voire pas du tout son égal, mais tout du moins son nouveau compagnon de route dans son oeuvre funeste. Le fantôme de Harry, le père (et la conscience) de Dexter, garde sa place de choix lui aussi, et lui remet en mémoire les dangers qu’il encourt à vouloir ainsi partager son secret, voire plus si affinité. D’ailleurs, le code Harry tout entier, outre la rupture du secret, est chamboulé dans la tête de Dexter. Celui-ci se pose désormais davantage la question de la légitimité de la mort, ainsi que celle de l’héritage et du poids de la responsabilité filiale.


Le seul bémol que l’on peut émettre sur la composition actuelle de l’univers de Dexter, c’est que le reste du casting fait parfois office de figuration. Les démêlés sentimentaux et carriéristes de Deb, sa demi-sœur, peinent à apporter de la crédibilité et de l’intérêt dans l’intrigue générale, pire : elle semble même stagner douloureusement depuis le début de la série. Rita, à la fois la petite amie et la famille « de composition » de Dexter, apporte toujours une touche de douce tangibilité à l’existence surréaliste du tueur compulsif. Mais malheureusement, elle reste un personnage anecdotique, qui certes donne lieu à de nouveaux questionnements importants, mais passe à l’arrière-plan pendant presque toute la saison. Le personnage de Quinn, vague remplaçant du sergent Doakes, permet de multiplier et de brouiller les pistes autour de l’enquête principale du département (mais paradoxalement l’intrigue secondaire dans la saison). Globalement donc, les seuls protagonistes qui surdominent la trame principale sont le couple Dexter / Miguel.

Par là même, on éprouve sensiblement comme une impression de déjà-vu, et c’est sans doute le plus regrettable. Car le décorticage du lien d’amitié tout neuf entre Dexter et Miguel, avec son lot de risques et de questionnements sur l’insensibilité et l’anormalité latente du "justicier solitaire", renvoie quand même littéralement au lien qui a uni Dexter et Lila dans la saison 2. Bon, le côté charnel en moins, on est d’accord, mais il semblerait que les interrogations sur la confiance, sur le désir de solitude et sur le fardeau soient les mêmes. Par conséquent, ce qui avait rendu assez extraordinaires les deux premières saisons, à savoir ses personnages vraiment imprévisibles, ses twists improbables, un Dexter avec deux comportements bien distincts dans chacune des intrigues, n’a plus vraiment court dans cette saison 3. Pour résumer, le déroulement des douze épisodes est relativement bien rythmé, et ressemble à un (pas forcément long) fleuve tranquille, qui accélère légèrement (et conventionnellement) son cours dans les quatre derniers épisodes. Tout est bien bouclé comme précédemment, sans déception mais sans grande surprise non plus.

En revanche, le point qui reste inchangé et toujours aussi savoureux tout au long de la saison, c’est le jeu toujours aussi investi de Michael C. Hall. Le regard affûté et le visage bien souvent insondable, il parvient toujours aussi efficacement à rendre sympathique ce tueur méthodique, et continue à nous faire éprouver de l’empathie pour lui, alors que fondamentalement on ose quand même remettre en doute sa moralité, et son application directe de la Loi du Talion. Rien que pour cet acteur exceptionnel, et pour ce personnage atypique, on attend quand même impatiemment que Dexter remette le couvert, et partage enfin avec nous ses joyeuses perspectives d’avenir. Alea jacta est.


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